Discours juin 2008

 

Rapport d’activité du Bureau et la Commission permanente

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation), intervenant au nom du groupe GUE remercie le rapporteur. Il se félicite que le parlement suédois ait accepté de recevoir la commission mais regrette l’absence, ce jour-là, de M. Bildt, le Président du Comité des ministres.

En Macédoine et en Géorgie, les principes du Conseil de l’Europe n’ont pas été respectés. M. Eörsi a dit que pour l’élection présidentielle, c’était pire que ce à quoi on s’attendait et que l’on n’a pas utilisé tout le potentiel démocratique existant en Géorgie. La formule avait déjà été employée à propos de l’élection présidentielle en Russie. Or il faut juger ces élections à la même aune.

En Macédoine, les normes internationales n’ont pas été atteintes. Les résultats ont été annulés dans plus de cent bureaux de vote, des violences ont été commises et l’on déplore même une victime.

En revanche, les élections serbes, pourtant organisées dans des circonstances difficiles après les événements du Kosovo, se sont déroulées dans de bonnes conditions.

Une réunion des présidents des missions d’observation est prévue en octobre. Comme l’ont dit MM. Wille et Margelov, l’expérience collectée en la matière doit être transmise aux nouveaux membres de l’Assemblée. (Applaudissements)

 

Questions au Président du Comité des Ministres, M. CARL BILDT, SUEDE

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation) demande au Président du Comité des Ministres quels moyens il entend mettre en œuvre afin de guérir l’institution de son anorexie budgétaire et si la nouvelle loi suédoise relative à la surveillance d’Internet est conforme aux droits de l’homme.

 

M. BILDT (Interprétation) répond que contrairement à d’autres pays, a été votée en Suède une loi relative à la surveillance des télécommunications transfrontalières, ce qui démontre notre engagement envers les droits de l’homme.

Le Président du Comité des ministres reconnaît que la plupart des gouvernements, soucieux de la bonne utilisation des deniers publics, renâclent à accorder des augmentations aux organisations internationales. Toutefois, compte tenu de l’ampleur de la tâche et de la qualité de l’investissement, il convient de dégager une nouvelle marge de manœuvre mais cela requiert une discussion avec les États membres.

 

Lutte contre les atteintes à l’environnement en mer Noire

 

M. SIGFÚSSON (Islande) (Interprétation) félicite le rapporteur pour son travail et pour les conclusions préoccupantes qu’il a présentés. Les informations montrent à quel point la situation est urgente. Les conventions actuellement en place sont défaillantes, la pollution n’est pas endiguée, même pas réduite. Il conviendrait de créer une instance compétente, dotée de moyens d’action et de sanction, afin de stopper la pollution à la source.

M. Sigfússon se dit frappé par l’état de la ressource halieutique en mer Noire : 21 espèces sur 26 ont disparu ! Cependant, des exemples existent d’écosystèmes rétablis. La technologie est disponible, mais il est nécessaire de mobiliser les connaissances pour agir concrètement.

L’orateur soutient les recommandations mais préconise de les muscler davantage. La mer Noire est vitale, il faut aider cette région. La prospérité et le bien-être des populations riveraines est en jeu. (Applaudissements)

 

Institutions démocratiques en Azerbaïdjan

 

M. JACOBSEN (Norvège) (interprétation) s’exprime au nom de la GUE et souligne que ce débat est particulièrement opportun. De nombreuses résolutions concernant l’Azerbaïdjan ont été adoptées par la présente Assemblée ces cinq dernières années, afin de le soutenir dans la construction et la consolidation de la démocratie. Cependant, le Conseil de l’Europe ne peut attendre éternellement un changement radical. Il précise que c’est bien l’absence de démocratie qui empêche de trouver une solution satisfaisante au conflit du Haut-Karabagh, et non le conflit qui empêche l’instauration de la démocratie.

En outre, la manne pétrolière et gazière doit bénéficier aujourd’hui à tous les habitants ainsi qu’aux générations futures. Pour ce faire, la lutte contre la corruption doit être renforcée et une gestion financière transparente doit être instaurée. L’Azerbaïdjan a été l’un des premiers pays à rejoindre l’Initiative pour la transparence des industries extractives, dont il est devenu le leader au plan régional. En renforçant cette Initiative, c’est la bonne gouvernance des autorités qui est renforcée.

M. Jacobsen conclut en apportant le soutien du Groupe GUE aux propositions énoncées dans le rapport. (Applaudissements)

 

Autonomie des femmes dans une société moderne

 

M. LECOQ (France). – Notre groupe vous remercie, Madame la rapporteure, pour le travail présenté sur cette question. Vous connaissez le mot de Jeanine Mossuz-Lavau : « les femmes ne sont pas des hommes comme les autres !» (Sourires) Représentant 51,2 % de la population européenne, les femmes ne disposent toujours pas de la même autonomie que les hommes alors que l’on entend proclamer en Europe que le XXIe siècle sera celui de la modernité.

C’est vrai que depuis la seconde moitié du XXe siècle leur sort s’est considérablement amélioré et qu’elles ont réussi, au prix de combats acharnés, à acquérir des droits leur donnant une autonomie encore jamais connue à ce jour. Mais les faits montrent que l’autonomie des femmes, même consacrée par le droit, n’est souvent qu’illusion. Vous savez, par exemple, que les femmes ne représentent que 23,6 % des parlementaires nationaux européens. Qu’elles ne sont que 10,9 % à prendre part aux décisions des cinquante premières sociétés européennes. Les députés français de gauche ont d’ailleurs fait introduire, dans le projet de loi de modernisation de l’économie en cours de discussion, un amendement imposant la parité dans les conseils d’administration des grandes sociétés.

La « domination masculine » est encore très prégnante, non seulement symboliquement dans les représentations sociales, mais également factuellement dans l’absence d’effectivité de certains droits consacrés. La représentation viciée de la femme, que l’on retrouve dans tous les interstices de la société, s’accompagne aujourd’hui de réelles remises en cause – souvent de façon insidieuse – de ces droits acquis.

Dans le discours d’abord, où la rhétorique sur le rôle domestique naturel de la femme est de retour. Certains osent affirmer que la cause des dysfonctionnements sociaux et de la délinquance réside dans un soi-disant abandon du foyer par les femmes. Les enfants seraient alors privés de leurs repères !

Dans les faits ensuite : la régression de l’autonomie des femmes est due à l’inapplication des droits acquis. Les violations ne sont alors pas patentes.

Notre conseil a montré, lors de sa dernière session, ce qu’il en était de la réalité de la mise en œuvre du droit à l’avortement et du chemin qu’il reste à parcourir. Que penser aussi de la remise en cause de la médecine réservée aux femmes, c’est-à-dire la gynécologie ? Comment ne pas s’indigner de l’iniquité des régimes de retraite fondés sur la durée de cotisations alors que l’on sait que les femmes qui ont des enfants ont des périodes de cotisation réduite et souvent des emplois à temps partiel et qu’elles ne perçoivent de ce fait que des retraites à temps partiel ?

Ce phénomène de régression est d’autant plus inquiétant que les fondamentalismes religieux et moraux apparaissent en plein essor. Et je salue ici l’action du Conseil de l’Europe en faveur d’une participation croissante des femmes dans le dialogue interculturel et religieux. Je n’ai pas le temps d’aborder la question du lien entre laïcité et droits des femmes, mais nous devons toujours garder à l’esprit leur connexion.

L’Europe qui se dessine est une Europe marchande qui crée des conditions sociales de la subordination des femmes. C’est une Europe à l’image de sa constitution refusée par les peuples, c’est-à-dire une Europe a minima qui privilégie les rapports de domination économique, sociale et culturelle.

Quid des droits des femmes dans la charte des droits fondamentaux dont on nous avait loué les vertus ? Nous ne voyons pas dans cette Europe-là la modernité promise. C’est pourquoi nous devons être vigilants et intransigeants et refuser la régression de ces valeurs au nom d’un relativisme culturel. L’Assemblée parlementaire a d’ailleurs prescrit que « les État ne doivent accepter aucun relativisme religieux ou culturel en matière de droits des femmes » dans sa résolution n° 1464 de 2005.

La norme juridique – dont nous sommes les auteurs en tant que Parlementaires – atteint donc ses limites comme instrument de promotion d’une société fondée sur des rapports respectueux et égalitaires, car les mentalités et les représentations sociales y sont trop fortement opposées. Le droit fait même apparaître des inégalités entre les femmes, car elles n’en bénéficient pas toutes de la même façon selon leur situation socio-économique et culturelle.

Nous devons donc agir sur les esprits. Je propose donc que le Conseil de l’Europe multiplie les campagnes en faveur du renforcement de l’autonomie des femmes parallèlement à la promotion de nouveaux droits des femmes. C’est ce que notre Assemblée parlementaire a commencé de faire avec la « Campagne contre la violence faite aux femmes » qui vient de s’achever. Cette campagne ne concernait pas moins de 80 millions de femmes en Europe et ne peut que contribuer au changement des mentalités.

Nous devons aujourd’hui utiliser la loi pour forcer les mentalités à ne pas accepter certains comportements et non pour multiplier les droits-créances. Il faut que les droits des femmes ne soient pas que des droits formels, mais aussi des droits réels. Là réside en fait notre tâche. Tel est le sens du rapport et de la résolution que notre groupe entend soutenir. (Applaudissements)

 

Situation de la démocratie en Europe

 

M. KESKIN (Allemagne) (Interprétation) remercie, au nom du Groupe GUE, les rapporteurs pour l’excellence de leur travail.

Il souligne que dans son rapport, M. Greenway insiste sur la nécessité de faciliter aux migrants le processus d’acquisition de la citoyenneté pour participer au processus électoral. Autrement, ils sont considérés comme des étrangers, et se retrouvent avec des droits diminués, même s’ils résident dans leur pays d’accueil depuis des décennies.

En Allemagne, par exemple, sept millions de femmes et d’hommes ont un statut d’étrangers. Ils n’ont le droit de vote au niveau local que s’ils sont originaires d’un État membre de l’Union européenne. Une telle situation viole les principes fondamentaux de la démocratie et de l’État de droit.

Il s’agit en somme d’une politique « anti intégration ». Ceux qui désirent intégrer les migrants qui vivent depuis longtemps dans leur pays d’accueil doivent veiller à ce qu’ils bénéficient des mêmes droits, à tous les niveaux de la société.

L’obstacle principal à l’acquisition de la nationalité du pays dans lequel vit un migrant est l’obligation d’abandonner sa nationalité d’origine. La solution serait évidemment la possibilité d’une double nationalité, déjà appliquée dans certains pays. (Applaudissements)

 

M. KYPRIANOU (Chypre) (Interprétation) rappelle que l’intégration des migrants a toujours été un défi pour les sociétés démocratiques, quelle que soit leur origine. La diversité est un trait majeur des sociétés européennes. Les migrations ont une influence sur les structures socio-économiques des pays européens, et cette influence croît avec la mondialisation.

Les déséquilibres démographiques et économiques, les guerres, les conflits, sont quelques-unes des causes des flux migratoires internationaux. Il est donc nécessaire de concilier l’intégration des migrants et la défense des droits de l’Homme.

M. Kyprianou est d’accord avec les rapporteurs pour ne pas faire de distinction entre les migrants d’origine européenne et les autres migrants. Tous doivent être traités avec le même respect et doivent bénéficier des mêmes chances d’intégration.

Chypre reçoit de nombreux migrants, légaux et illégaux, en provenance de pays du monde entier. C’est le pays européen qui reçoit le plus de demandes d’asile. Le gouvernement chypriote est en train d’élaborer une nouvelle législation afin de tenir compte de la brutale augmentation des flux migratoires après son adhésion à l’Union européenne. Cette législation permettra notamment une meilleure intégration des migrants légaux dans la société chypriote. Sa philosophie se base sur le respect plein et entier des droits de l’homme et des libertés fondamentales. En effet, une véritable démocratie garantit le respect des droits de l’homme et de la diversité sous toutes ses formes.

M. Kyprianou conclut en félicitant les deux rapporteurs pour leur excellent travail. (Applaudissements)

 

M. DEL ROIO (Italie) (Interprétation) juge le monde politique européen frappé de schizophrénie car, tandis que l’Assemblée parlementaire s’efforce de promouvoir des mesures courageuses et démocratiques pour traiter le phénomène des migrations, il y a deux semaines, à quelques pas d’ici, le Parlement européen a approuvé, sur la proposition du Conseil des ministres, une directive sur le retour des immigrés que l’on peut qualifier d’abominable, d’irresponsable et d’irréaliste.

Elle est abominable parce qu’elle transforme les migrants en hors-la-loi et parce qu’elle permet de les mettre en détention pendant 18 mois sans même l’assistance gratuite d’un avocat. Elle est aussi abominable parce qu’elle légitime la détention et la déportation de mineurs même lorsqu’ils ne sont pas accompagnés par leurs parents. On sait pourtant quel sera le destin de ces enfants que l’on veut renvoyer vers des pays détruits par la guerre et la misère.

Cette directive est irresponsable parce qu’elle va jeter un grand nombre d’immigrés en situation irrégulière dans les mains du crime organisé et des trafiquants d’êtres humains qui les exploitent dans des conditions de travail terrifiantes. Et ce n’est sans doute pas par hasard que l'Union européenne a également décidé, dans sa grande générosité, qu’il sera désormais possible de travailler jusqu’à 62 heures par semaine. Elle est irresponsable aussi parce qu’elle creuse plus encore le fossé qui existe déjà entre d’un côté les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et, de l’autre, les pays d’Europe. À l’évidence, ni l’appel qu’a lancé Evo Morales, dans une très belle lettre, ni celui des mères de la place de mai, à Buenos Aires, n’ont été entendus.

Cette directive est enfin irréaliste car dans la mesure où il y a 8 millions de clandestins dans les pays de l'Union européenne, il n’y aura bien sûr pas assez de centres de détention, de fonctionnaires et d’argent pour traiter le phénomène par la seule répression.

Tout cela va provoquer non seulement des souffrances mais aussi un accroissement de la violence, tandis que l’Europe continuera à prétendre de façon hypocrite qu’elle défend les droits de l’homme. Qui la croira ? Que fera le Conseil de l’Europe, maison de la démocratie et des droits de l’homme qui a, à l’évidence, beaucoup de pain sur la planche ? (Applaudissements)

 

M. LECOCQ (France). – Monsieur le président, mes chers collègues, le débat d’aujourd’hui apparaît comme une saine piqûre de rappel quant aux missions premières du Conseil de l’Europe, que l’on peut résumer par ce triptyque : droits de l’homme, démocratie, primauté du droit. Le Conseil n’aura d’avenir que s’il se concentre sur ces vertus cardinales, nécessairement actualisées pour mieux prendre en compte l’évolution du monde contemporain.

Cette modernisation de nos valeurs passe par le travail inlassable des commissions de cette Assemblée et par les débats qui nous réunissent régulièrement dans cet hémicycle. Cette ambition ne doit pas, pour autant, nous détourner des objectifs fondamentaux qui sont les nôtres et qui s’incarnent pleinement dans les rapports de la commission de suivi. Ceux-ci viennent souligner combien l’adhésion au Conseil de l’Europe ne saurait être considérée comme un aboutissement, tant pour les nouveaux Etats membres que pour ses fondateurs.

La démocratie est une exigence quotidienne. Il n’existe, à cet égard, pas de modèle parfait, juste un certain nombre de critères communs permettant de garantir sa légitimité aux yeux du citoyen. La procédure de suivi de l’Assemblée est là pour vérifier l’adéquation de ces critères à la réalité politique des Etats membres. De fait, si le rapport insiste sur les jeunes démocraties de l’Est, il ne néglige pas, comme le souligne son addendum, les régimes établis et reconnus, à l’instar du Royaume-Uni. La France figurera, à n’en pas douter, dans le rapport suivant ; la démocratie est, en effet, sans cesse perfectible. De l’alliance entre suivi du fonctionnement des institutions nationales et adoption de nouvelles conventions du Conseil de l’Europe dépend, sans doute, l’avenir du cadre démocratique sur le continent. L’objectif est le même dans les deux cas : renforcer le lien entre élites politiques et citoyens.

Je m’interroge néanmoins sur la nécessité de renforcer le suivi de nos Etats dont le caractère libéral, au sens démocratique du terme, n’est plus l’objet d’une quelconque contestation. D’un bout à l’autre du continent, la démocratie demeure, en effet, inachevée. Les hésitations des peuples entre intégration et construction européenne soulignent à quel point l’idée d’une souveraineté populaire plus active demeure d’actualité. L’âge des « démocraties moyennes », combinant souveraineté du peuple et gouvernement représentatif, est, ainsi, peut-être passé. Il appartient au Conseil de l’Europe, sur le fondement de l’expérience qui est la sienne, d’ausculter nos démocraties et de proposer des pistes de réflexion dans ce domaine. Le suivi des institutions démocratiques en sortirait encore plus légitimé.

Au travers de la procédure de suivi et des recommandations qui en découlent, le Conseil de l’Europe et son Assemblée parlementaire ne visent pas non plus l’exclusion ou l’isolement des Etats membres concernés. Ils souhaitent avant tout accompagner les procédures de modernisation des systèmes politiques afin que les droits fondamentaux puissent être garantis et respectés. Aussi dures soient les conclusions des rapports, elles doivent avant tout être envisagées comme autant de tentatives d’amélioration pour l’avenir.

Au sein du Conseil de l’Europe, l’Assemblée parlementaire dispose d’une place particulière. Elle ne répond pas à une quelconque logique diplomatique et peut, sans complaisance, réaffirmer inlassablement les valeurs du Conseil. Il en va de sa crédibilité qu’elle puisse agir de la sorte et exprimer avec force les principes pour lesquels elle se réunit. Nous devons donc être particulièrement vigilants à l’écho donné à la procédure de suivi au sein des Etats concernés. Nous ne pouvons rester sans voix face au cynisme qui pourrait présider à la lecture de nos conclusions sur d’éventuels dysfonctionnements ou de véritables violations.

Le Groupe pour la gauche unitaire européenne soutient les conclusions du rapport de M. Holovaty. Il entend également accompagner concrètement tous ceux qui luttent pour améliorer la situation de la démocratie dans nos pays, souvent contre des forces qui théorisent la démocratie sans véritablement agir en sa faveur. N’est-ce pas là le comble de l’hypocrisie ?

J’invite notre Assemblée à réfléchir à l’efficacité de son dispositif qui, s’il présente d’énormes avantages, n’en demeure pas moins fragilisé par l’impossibilité de rendre pleinement efficientes nos recommandations. La modernisation nécessaire du Conseil de l’Europe passe notamment par ce biais, sa légitimité et son poids également. Je vous remercie. (Applaudissements)

 

Débat selon la procédure d’urgence : la mise en œuvre par l’Arménie de la résolution 1609 de l’Assemblée

 

M. JACOBSEN (Norvège) (Interprétation) regrette que la situation n’ait guère évolué depuis le vote de la résolution 1609, et se réjouit d’avoir plus de temps ce jour pour débattre de ce sujet. Six mois sont peu de temps pour démocratiser un pays, mais cela devrait être suffisant avec l’aide du Conseil de l’Europe. Le peuple arménien est enthousiaste et souhaite construire la démocratie. Les responsables politiques arméniens ne doivent pas s’entredéchirer au mépris de leur peuple.

Il lui semble indispensable d’écouter les interventions des collègues arméniens, mais des opérations de réconciliation peuvent d’ores et déjà être lancées.

Le groupe GUE se félicite de ce rapport. (Applaudissements)

 

Débat de politique générale sur la situation en Chine

 

M. ELZINGA (Pays-Bas) (Interprétation) au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne souligne l’importance du rapport. Il remercie le rapporteur pour cet outil permettant d’engager un dialogue permanent et substantiel entre les Etats membres du Conseil de l’Europe et la République populaire de Chine. Ce dialogue doit être sincère dans l’intérêt collectif des droits de l’homme et de millions de gens.

Les économies européennes et chinoises sont étroitement liées. La Chine a connu une croissance économique spectaculaire au cours des vingt-cinq dernières années. Ce pays a sorti davantage de personnes de la pauvreté, a scolarisé davantage d’enfants que tout autre pays, selon un récent rapport de l’OIT. Malheureusement, la Chine n’a pas ratifié toutes les conventions de base de l’OIT et ne respecte d’ailleurs pas la plupart de celles qu’elle a ratifiées. C’est le cas de la Charte onusienne.

Dans le rapport on manifeste des préoccupations en ce qui concerne les violations des droits de l’homme au Tibet ou dans les provinces limitrophes, des discriminations des minorités religieuses ou ethniques, des migrants ruraux, des femmes, de la peine de mort, du harcèlement, de la torture perpétrée à l’endroit de juristes et de journalistes.

L’orateur a déposé un amendement, n° 4, au sujet des militants syndicaux. Leur bataille est cruciale. A cet égard, il faut rappeler que le rapport évoque également le volet négatif de la croissance économique chinoise : longue durée des horaires de travail, sept jours par semaine, bas salaires, conditions de travail malsaines conduisant à de nombreux accidents. Les jeunes femmes qui migrent pour travailler dans les usines perdent leurs droits à un logement social. En outre, les droits syndicaux débouchent sur l’augmentation du travail des enfants. En 2005, la Chine a connu 87 000 troubles sociaux et ce chiffre augmente de 30 % chaque année. Le parti communiste a relevé la barre en ce qui concerne la norme en matière d’emplois, mais les travailleurs manquent toujours d’autonomie.

Toutefois, la Chine n’a pas ratifié les conventions sur la liberté d’association, de constitution de syndicats indépendants, ni la convention sur les négociations collectives et sur le travail forcé. Les droits de l’homme incluent les conventions de base de l’OIT.

L’orateur espère que le rapport sera la base d’un dialogue entre l’Europe et la Chine. (Applaudissements)

 

M. SIGFÚSSON (Islande) (Interprétation) estime difficile de tenir des propos qui n’aient pas encore été entendus. Il a relevé que certains de ses collègues se demandaient si un débat sur la situation en Chine était réellement nécessaire.

Or il est toujours utile de, consacrer, au sein de cette Assemblée, un certain temps aux droits de l’homme, même quand il s’agit d’un pays lointain, d’autant que la Chine est un partenaire commercial et que chaque individu est en rapport direct avec elle ; qu’il soit homme d’affaires, homme politique ou simple consommateur, un consommateur qui a conscience qu’un jouet « à bon prix » provenant de Chine est souvent fabriqué par un enfant.

Un dialogue ouvert et franc – pour qualifier les violations des droits de l’homme, notamment – est la bonne voie à suivre.

Il faut se féliciter de ce qui est dit dans ce rapport dont quelques points méritent une attention particulière : premièrement, l’amélioration des conditions de travail et du droit syndical est fondamentale ; deuxièmement, pour lutter contre le dumping social, la Chine est incontournable ; troisièmement, au Tibet, il est inadmissible de recourir à la violence contre des personnes qui ne font que protester et exprimer leur opinion ; quatrièmement, une formule beaucoup plus forte devrait être trouvée pour condamner le recours massif à la peine de mort - au demeurant, les Etats-Unis sont également concernés par ce problème ; cinquièmement, le déplacement forcé de millions de personnes vers de grands chantiers de construction, notamment pour le barrage des Trois canyons, est inadmissible ; sixièmement, l’environnement, est une question très préoccupante.

Enfin, espérons que les Chinois répondront positivement à l’appel au dialogue. (Applaudissements)

 

Fonctionnement des institutions démocratiques en Turquie

 

M. KYPRIANOU (Chypre) (Interprétation) rappelle au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne que la situation actuelle en Turquie, résultat de l’affrontement latent entre les pouvoirs militaire et politique de ce pays, est bien antérieure à l’affaire de la dissolution du parti AK, et que le désir de la Turquie d’accéder à l’Union européenne conduit ce pays à faire des pas dans la bonne direction.

Toutefois, le cap européen de la Turquie a suscité, dans le pays, des réactions de la part de divers milieux redoutant un changement irréversible du caractère même de ce pays. Cela étant, l’un des objectifs de la grande famille européenne consiste à faire place à toutes les diversités.

Tous les Etats membres du Conseil de l’Europe se doivent de respecter un certain nombre de principes, de normes et de valeurs non négociables, pilier de cette Organisation. A l’heure actuelle, la Turquie traverse une profonde crise politique en sens contraire du cap européen qu’elle s’était fixé. En effet, le Premier ministre turc, désireux de lever l’interdiction du port du voile à l’université en vertu d’un amendement constitutionnel, a créé de graves tensions sur la scène politique. Certains milieux craignent que le parti AK n’islamise la Turquie.

Cependant le parti de M. Erdogan, menacé de dissolution, a obtenu lors des élections de 2007 une majorité absolue. L’orateur se dit préoccupé de voir la stabilité politique gravement affectée, avec le risque de saper le fonctionnement démocratique des institutions d’État et de retarder les réformes politiques, sociales et économiques, pourtant urgentes.

En outre, si les poursuites judiciaires aboutissent, ce ne sera pas la première fois que cela se produit dans ce pays. Le Groupe pour la gauche unitaire européenne est donc profondément préoccupé quant aux conséquences de la situation. Il ne faut pas oublier non plus que le fait d’indiquer son origine kurde s’apparente à un délit.

La procédure de suivi concernant la Turquie s’est achevée en 2004. L’Assemblée, par le biais de sa Résolution 1380, avait décidé de mettre en place un dialogue post suivi. Ne faudrait-il pas rouvrir la procédure de suivi, non pas à titre de sanction mais, bien au contraire, pour aider la Turquie à mettre en place les réformes urgentes dont elle a besoin ? Ainsi, personne ne pourrait accuser le Conseil de l’Europe de suivre une politique du deux poids deux mesures lorsqu’il s’agit des dérogations que pourrait s’autoriser tout État membre du Conseil de l’Europe par rapport aux valeurs et principes fondamentaux qu’il défend. (Applaudissements)

 

M. LAAKSO (Finlande) (Interprétation) exprime sa volonté, aujourd’hui, contrairement à ses prises de position passées, de défendre les dirigeants turcs. Non croyant, il est surpris d’être accusé de défendre un gouvernement fondé sur un parti religieux. D’ailleurs l’orateur continue, quand cela est nécessaire, d’être critique envers la Turquie ; il dénonce, notamment, l’occupation du Nord de Chypre.

S’intéressant à la Turquie, à son évolution, depuis de nombreuses années, l’orateur constate que, pour la première fois, des dirigeants tiennent leurs promesses et engagent un certain nombre de réformes. Il s’élève contre le fait que les personnes opposées au Gouvernement aient recours à la justice pour des raisons politiques, afin de créer un climat qui ramènerait la Turquie à sa situation antérieure.

Le Conseil de l’Europe doit pratiquer son autocritique. A l’époque où certains partis politiques, en Turquie, étaient interdits, l’Assemblée n’a pas réagi. Aujourd’hui, elle ne doit pas accepter ces manœuvres qui visent à utiliser la justice contre l’évolution du pays. Il faut absolument soutenir le Gouvernement actuel qui, est le premier à tenir ses promesses et à réformer le pays.

L’orateur se dit d’accord avec le rapporteur, rappelle que l’interdiction d’un parti n’est pas une question secondaire, et qu’il est du devoir du Conseil de l’Europe de soutenir la normalisation de la vie politique turque. (Applaudissements)

LE PRÉSIDENT (Interprétation) se dit, pour une fois, d’accord avec l’orateur.

 

M. KESKIN (Allemagne) (Interprétation) souligne que la demande d’interdiction d’un parti au Gouvernement est un acte assez particulier et difficilement compréhensible.

En tant que membre du Bundestag d’origine turque, l’orateur suit les évolutions en Turquie avec beaucoup d’intérêt et il a d’ailleurs publié un certain nombre d’ouvrages sur ce pays, dont le dernier, sorti en 2005, traite précisément des réformes engagées par le parti AK.

Il est toutefois préoccupé par l’évolution de la situation depuis un an et il considère que la préparation d’une nouvelle Constitution exige que l’on crée une commission à laquelle puissent participer les représentants de différents groupes de la société et des différents partis politiques. Or le Gouvernement a demandé à quelques universitaires proches du parti AK de préparer un projet qu’il entend manifestement transformer en nouvelle Constitution.

Par ailleurs, le Gouvernement a tenté de prendre le contrôle de l’Université et de l’ensemble du système éducatif, mais aussi des médias, la radiodiffusion publique étant devenue un organe d’État. Le Gouvernement entend également mettre sous coupe réglée le pouvoir judiciaire. Nombre de Turcs s’inquiètent de tout cela.

La laïcité existe dans ce pays où la majorité de la population est musulmane. Il ne saurait donc être comparé avec des États dont la religion détermine le mode de fonctionnement. Il faut que la Cour constitutionnelle cherche à vérifier dans quelle mesure la procédure engagée par le procureur se justifie, donc si la laïcité est véritablement menacée.

Il existe, dans tout État démocratique, des principes inaliénables. C’est par exemple le cas de l’article 20 de la loi fondamentale allemande, aux termes duquel la République fédérale doit rester un État social et fédéral. Il en va de même pour la Turquie. (Applaudissements)

 

Les activités du Comité international de la Croix-Rouge

 

KOX (Pays-Bas) (Interprétation), au nom du Groupe GUE, précise qu’il n’a aucune pitié pour M. Hancock qui a eu, lui, la chance d’assister au match Allemagne-Turquie dans le stade, alors que lui-même n’a pu que le regarder à la télévision dans un café turc, en ratant les deux dernières minutes. Du coup, il ne peut croire que les Turcs aient perdu ! (Rires)

En tout cas, il lui adresse les compliments du Groupe de la gauche unifiée pour son rapport, qui est accompagné d’une série de propositions intéressantes visant à renforcer l’efficacité du CICR.

Il souhaite aussi rendre hommage au président Kellenberger et, par son intermédiaire, à l’armée des milliers de volontaires de la Croix-Rouge internationale qui essaie, parfois désespérément, de rétablir ou de résoudre la situation créée par des conflits armés dans le monde, parfois même sur ce continent qui a connu des guerres épouvantables ces dernières années.

La Croix-Rouge est une remarquable organisation dans un monde qui est loin d’être parfait. Ce fut une bonne décision que de lui accorder par deux fois le prix Nobel. C’est le plus grand réseau humanitaire du monde et les institutions concernées devraient peut-être envisager de le lui accorder une troisième fois. La bonne nouvelle, c’est que, après la signature d’une poignée de pays qui ne l’ont pas encore fait, la Convention de Genève aura été signée par tous les pays du monde. Cela en fait le premier traité international ratifié au niveau mondial.

Cela étant, le travail de la Croix-Rouge s’est « complexifié ». Depuis la fin de la guerre froide, elle a dû faire face aux effets de nombreux nouveaux conflits armés, faisant des millions de victimes, en raison de l’utilisation de techniques qui ne cessent de se développer pour infliger des souffrances, humilier et emprisonner. La guerre contre le terrorisme du président Bush est l’un de ces nouveaux conflits armés, aux conséquences imprévisibles, et effectivement imprévues sur le travail de la Croix-Rouge. Il en est de même du conflit interminable en Afghanistan, des détentions illégales et de l’utilisation de la torture.

L’orateur souhaiterait entendre le président Kellenberger réagir à l’idée selon laquelle la Croix-Rouge devrait davantage rendre publiques certaines informations, comme ce fut le cas pour Guantanamo et la Birmanie. Ne lui serait-il pas possible, en outre, d’informer l’Assemblée sur les centres de détention secrets évoqués dans le rapport Marty ?

Le Groupe de la Gauche unifiée soutient toutes les propositions de M. Hancock et, allant même au-delà, mène une campagne active pour la signature de la convetion relative aux armes à sous-munitions. Il apprécie l’appel lancé par le président Kellenberger à tous les pays les invitant à signer ce document le plus rapidement après son ouverture à la signature. (Applaudissements)

 

Gökçeada (Imbros) et Bozcaada (Ténédos)

 

M. SIGFÚSSON (Islande) (Interprétation) se félicite au nom du Groupe GUE de ce rapport et relève qu’il existe bien des cas similaires. A son avis, ce rapport n’est pas déséquilibré mais traite d’un cas spécifique et, dans ce cadre, est un bon rapport.

On peut considérer qu’il s’agit d’une question concernant le continent européen, mais elle est importante pour les personnes concernées et présente un lien symbolique avec les relations entre Grèce et Turquie.

Le sort de ces territoires l’intéresse comme celui de tous pays insulaires. Il pense que la valeur du patrimoine culturel d’une communauté est très grande et doit être préservée et, lorsque des entités culturelles minoritaires dans ces îles disparaissent, c’est l’humanité dans son ensemble qui s’appauvrit, en perdant de la diversité culturelle, historique et géographique.

En raison de leur isolement géographique, les communautés insulaires présentent un caractère particulier. Il le sait bien en tant qu’Islandais. Il y a un facteur sociologique qui est profondément ancré. La perte culturelle est d’autant plus grande si ces communautés viennent à disparaître.

Il aimerait aussi rappeler que le développement durable, le devoir de laisser aux générations futures un monde qui offre des possibilités au moins aussi riches qu’actuellement, ne concerne pas que la préservation de l’environnement. Il convient également de préserver l’équilibre économique, social, culturel. C’est un point qu’il faut garder présent à l’esprit lorsque l’on débat de l’évolution d’une région et du droit des populations à vivre là où elles ont grandi, là où elles ont leurs racines.

Ce dossier comporte donc un facteur concernant les droits de l’homme qui est important, car les individus ont le droit de savoir qui ils sont et de vivre au sein de leur communauté d’origine. Les autorités ont, de ce point de vue, une obligation.

Des changements peuvent se produire, bien sûr, et pour ce qui est du cas particulier de ces deux îles, les suggestions du rapport lui semblent très bonnes et méritent l’appui du Conseil de l’Europe. Qui sait si cela ne pourrait pas servir de modèles pour des situations comparables dans d’autres régions du monde

Il est donc favorable, au nom de son groupe, à l’adoption de ce rapport. (Applaudissements)