Discours session de janvier 2009

 

Lundi 26 janvier 2009 à 11 h 30

 

Rapport d’activité du Bureau de la Commission permanente

 

M KOX (Pays-Bas) (Interprétation). – Comme chaque année, nous reconstituons l’Assemblée. Nous devons vérifier les pouvoirs, élire un Président et des Vice-Présidents, recomposer les commissions. Tout cela est nécessaire pour organiser les débats et inviter des personnalités, y compris le Président des Etats-Unis d’Amérique. Ces formalités faites, il n’en demeure pas moins que, pour fonctionner, nous avons aussi besoin d’argent. Je remercie le rapporteur d’avoir souligné que ce problème est récurrent. Chaque année nous reconstituons l’Assemblée, chaque année nous reparlons d’argent.

De quoi s’agit-il ? S’agit-il de milliards ? Non, il est question de très peu d’argent. Et ce problème est causé par notre propre Comité des Ministres. Pourquoi celui-ci propose-t-il du sable plutôt que du carburant pour faire fonctionner les machines de cette Organisation ? Est-ce que nous ne travaillons pas assez ? Ce serait une bonne raison. Ou bien travaillons-nous trop ? Peut-être sommes-nous trop actifs ou trop critiques ? Tâchons de savoir quelle est la raison de nos difficultés financières sans cesse répétées et comment régler ce problème au mieux. Est-ce ici ou dans nos parlements nationaux ?

Je souhaite évoquer également les problèmes financiers que rencontre la Cour européenne des Droits de l’Homme. Le Comité des Ministres fait toujours référence à la Fédération de Russie, qui n’a toujours pas ratifié le Protocole n° 14. Cependant d’autres solutions existent. On ne peut pas toujours se défausser sur l’un ou l’autre pour ne pas garantir le droit d’accès de tous les citoyens européens à cette Cour. (Applaudissements)

 

Communication de M. Terry Davis, Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, sur l’état du Conseil de l’Europe

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation). – Monsieur Davis, il y a près de cinq ans, nous vous avons élu Secrétaire Général, le poste le plus important du Conseil de l’Europe. Parvenu presque au terme de votre quinquennat, quel bilan tirez-vous de vos activités avec le Comité des Ministres et avec l’Assemblée parlementaire ? Pourquoi le Comité des Ministres n’a-t-il de cesse de mettre des bâtons dans les roues au lieu de mettre de l’huile dans les rouages ?

 

LE PRÉSIDENT. – La parole est à M. le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe.

 

M. DAVIS (Interprétation). – Vous obtiendrez sans doute une réponse complète lors de la conférence que je prononcerai à l’issue de mon mandat. Cela dit, je considère que, l’an dernier, l’Assemblée a commis une lourde erreur en ce qui concerne son budget. J’avais demandé à tous les directeurs généraux, au Secrétaire général de l’Assemblée, au Secrétaire général du Congrès et au greffier de la Cour de nous aider à réaliser un gain de productivité de 2 %. Il ne s’agissait pas de tailler systématiquement dans les chiffres mais il fallait trouver des sources d’économie. La Cour, le Congrès et l’Assemblée l’ont refusé.

Les récalcitrants n’ayant rien fourni, j’en ai fait part au Comité des Ministres et il a bien fallu prendre des décisions. J’ai proposé 1 % seulement pour l’Assemblée parlementaire. Le Comité des Ministres a insisté pour que tout le monde fasse un effort de 2 %. Cela dit, le Règlement prévoit que c’est à l’Assemblée de dégager des économies au sein de son propre budget. Vous savez ce qu’a proposé M. Sawicki. Vous avez refusé d’être plus efficaces alors que tous les autres l’avaient accepté. Je m’étonne que l’Assemblée ait répondu que vous ne pouviez pas être plus efficaces et plus productifs. Cela vous a placés en position de grande faiblesse vis-à-vis du Comité des Ministres. Songez-y lors des discussions budgétaires pour 2009.

 

L’accès aux droits des personnes handicapées et leur pleine et active participation dans la société

 

M. LECOQ (France). – Monsieur le président, mes chers collègues, le Groupe GUE souhaite saluer l’excellent rapport de notre collègue M. Marquet, qui nous appelle à rester vigilants quant à la pleine intégration des personnes handicapées dans la société. Il y a 210 millions de personnes handicapées en Europe, chiffre appelé à croître avec l’augmentation de l’espérance de vie ; c’est le défi que nous avons à relever ensemble !

L’entrée en vigueur de la convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, le 3 mai 2008, est un motif d’espérance, et le plan d’action du Conseil de l’Europe fournit des références pour des politiques actives en ce domaine.

Permettez-moi de prendre des exemples que je connais bien.

En France, c’est en 1975 qu’une loi d’orientation en faveur des personnes handicapées a dédié une politique spécifique à cette population. Le point fort en matière d’insertion était la création des commissions techniques d’orientation et de reclassement, les Cotorep. Cette loi marquait le passage entre une logique d’assistance à une logique de solidarité. Il s’agissait alors de compenser ou de corriger les effets en matière d’exclusion.

La loi du 10 juillet 1987 en faveur de l’emploi des handicapés a institué une obligation d’emploi de 6 % pour les employeurs publics et privés, et a créé le fonds pour l’insertion des personnes handicapées, constitué des cotisations des entreprises n’ayant pas atteint leur quota. Ce fonds a permis le financement de centres d’aide par le travail qui participent réellement à l’économie dans les régions. Il faut bien avouer que, souvent, les entreprises préfèrent être sanctionnées financièrement que d’atteindre leur quota.

La revendication des personnes handicapées d’une plus grande inclusion dans la vie sociale a imposé une rénovation du cadre réglementaire français. La loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées réunit dans un même texte des dispositions favorisant la non discrimination des personnes handicapées à travers différentes législations de droit commun, qu’il s’agisse de l’éducation, du logement ou des transports, et des mesures spécifiques visant non seulement à compenser le handicap, mais également à faciliter l’accès aux droits et l’accès à la vie sociale et publique des personnes handicapées.

Cette loi obéit à un double objectif.

Premièrement, il s’agit de garantir une solidarité aux personnes handicapées par des prestations spécialisées, des mesures d’accompagnement, des solutions de compensation ou l’attribution d’allocations spécifiques, car comme l’indique le rapporteur, l’intégration généralisée ne doit pas se substituer aux politiques conçues spécifiquement pour les personnes handicapées lorsqu’elles sont dans leur intérêt.

Deuxièmement, il s’agit de favoriser l’autonomie de tous ceux qui peuvent s’intégrer dans le milieu ordinaire. Dans ce domaine, la loi ne peut tout faire, car le rapporteur rappelle également que l’attitude de la société est l’obstacle le plus important à la pleine intégration des personnes handicapées. Cela signifie que des campagnes d’information et de sensibilisation sont sans doute nécessaires pour changer notre regard sur les personnes en situation de handicap, et leur assurer les mêmes droits fondamentaux que les autres citoyens.

Le rapport de M. Marquet nous invite à cette conversion collective. Il reste encore trop de situations où les adultes handicapés, polyhandicapés se retrouvent dans des établissements psychiatriques, par exemple en France, faute de prise en compte dans des établissements spécialisés encore en nombre insuffisant. Ce sujet n’est donc pas clos et notre groupe pense que le Conseil de l’Europe doit régulièrement faire un état des situations dans nos pays sur cette question. (Applaudissements

 

Mardi 27 janvier 2009 à 10 heures

 

Mise en œuvre par l’Arménie des Résolutions 1609 (2008) et 1620 (2008)

 

M. JACOBSEN (Norvège) (Interprétation). − Ce qui s’est passé en Arménie, et qui continue en partie, n’est pas conforme à nos normes démocratiques. Cependant, punir les députés arméniens pour ce dont la responsabilité incombe à l’exécutif aurait été facile certes, mais injuste et n’aurait pas été productif. M. Prescott a dit que le Conseil devait jouer pleinement son rôle et assumer ses responsabilités. Nos rapporteurs sont d’ailleurs retournés en Arménie pour poursuivre les discussions et un mouvement semble se dessiner dans le bon sens. Il incombe aux autorités arméniennes de faire le nécessaire pour que leur pays devienne une vraie démocratie. Ce matin, nous leur donnons un peu de temps supplémentaire – un court sursis compte tenu des siècles qu’il faut souvent pour forger une démocratie, mais qui devrait être suffisant avec l’aide du Conseil de l’Europe. Il sera intéressant d’entendre nos collègues arméniens dans le débat de ce matin, qui permettra peut-être de prendre un bon départ pour la réconciliation et la mise en pratique de la démocratie. Après tout, c’est ce qu’est le Conseil de l’Europe : une école de la démocratie pour tous. Le Groupe GUE appuie en tout cas les propositions qui nous sont faites. (Applaudissements)

 

Mardi 27 janvier 2009 à 15 heures

 

Coopération avec la Cour pénale internationale (CPI) et universalité de cette instance

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation). – Nous avons assisté hier à La Haye au premier procès à la Cour, où M. Thomas Lubanga Dyilo était inculpé pour faits contre des enfants. Une trentaine d’enfants soldats témoigneront et dix-neuf victimes participeront directement au procès. C’est un procès historique, quelle qu’en soit l’issue.

Le Statut de Rome a été ratifié par 108 pays. Il a été signé par 40 États en plus. C’est mieux qu’il n’y paraît. Les États-Unis et la Russie ne l’ont pas encore ratifié. Ce qui est pire, c’est que le Gouvernement américain essaye de saboter le processus de ratification de 2002. Le Congrès américain a adopté l’American service protection act qui permet aux États-Unis de faire ce qu’ils veulent pour libérer des citoyens américains qui seraient en prison pour des crimes commis sous les drapeaux américains. Nous disons en plaisantant que les Américains envisagent de nous envahir !

Depuis 2002, le gouvernement Bush a fait pression sur nous pour aller dans le sens voulu par les Américains. Ce qui s’est passé ces huit dernières années est selon moi, contre-productif, agressif et dévalorise le rôle de la dernière superpuissance mondiale. J’espère que le Président Obama renversera l’attitude adoptée vis-à-vis de la Cour. Le fait qu’il ait décidé d’interdire la torture et de fermer Guantanamo nous donne matière à espérer. Si les États-Unis veulent redorer leur blason au plan international, ils feraient bien de mettre un terme au sabotage de la CPI.

Les changements qui interviennent aux États-Unis sont très importants. Le rapport excellent de Mme la rapporteure le montre : une justice internationale adéquate est essentielle. Nous avons besoin d’une Cour qui mette un terme à des crimes atroces. C’est pourquoi il est nécessaire que notre Assemblée préconise la ratification du Statut de Rome. Parmi les huit États membres du Conseil qui n’ont pas ratifié le Statut de Rome, citons la Fédération de Russie, l’Ukraine et la Turquie. Le questionnaire de la commission juridique montre que la République tchèque et l’Ukraine seraient prêts à ratifier ce statut.

Mme la rapporteure souligne qu’elle a des indications allant dans le sens d’une ratification turque. Plus problématiques, Monaco et l’Azerbaïdjan refusent la ratification, et la Fédération de Russie n’a pas encore réagi clairement au questionnaire de la commission juridique. Je voudrais savoir si les choses ont évolué dans ces pays. Le débat nous en apprendra davantage.

La ratification du Statut de Rome permettra d’asseoir le système judiciaire, puisque la Cour est complémentaire de ce qui existe. Si on pense aux États observateurs, une bonne nouvelle nous vient du Japon qui a ratifié voilà dix-huit mois le Statut de Rome. Il serait idéal qu’à brève échéance, nous puissions recevoir une réponse similaire d’Israël. Ce qui s’est passé à Gaza montre qu’il est nécessaire d’enquêter et pour déterminer si des gens se sont rendus coupables de crimes.

Nos collègues israéliens feraient bien de nous dire ce qu’ils entendent faire pour convaincre la Knesset de ratifier le Statut de Rome.

Monsieur le président, il faut monter en puissance dans le sens de la ratification universelle.

Des membres du Groupe appartiennent à des parlements qui n’ont pas encore ratifié le Statut de Rome. Au nom de la GUE, je demanderai que ce point soit inscrit cette année à l’ordre du jour de notre Groupe et j’invite les autres groupes politiques à en faire autant. L’idée est de convaincre les membres de l’Assemblée du fait que la ratification universelle du Statut de Rome est une conséquence qui découle de la CDH. (Applaudissements)

 

Enquêtes sur les crimes qui auraient été commis par de hauts responsables sous le régime Koutchma en Ukraine

 

M. MARMAZOV (Ukraine) (Interprétation.). – Monsieur le président, comme je suis représentant de l’Ukraine, ce débat revêt pour moi une importance particulière. Près de neuf ans se sont écoulés depuis la disparition du journaliste Gongadze. Depuis lors, des bruits courent sur la complicité de hauts fonctionnaires dans ce meurtre, y compris l’ancien président de l’Ukraine. M. Koutchma. Des enquêtes sont en cours depuis neuf ans sur cette affaire criminelle, et, pour être sincère, on n’en voit pas encore la fin.

J’ai étudié avec beaucoup d’attention le rapport dont nous sommes saisis, et mon collègue M. Markov est intervenu également pour dire que sous la nouvelle présidence ukrainienne, beaucoup de problèmes se posaient aussi. Cependant nous débattons actuellement sur l’affaire Gongadze, sur laquelle notre rapporteure a travaillé quatre ans. Si nous tranchons cette question, cela pourra également aider à régler des problèmes plus récents. D’ailleurs, la rapporteure et Mme Wohlwend sont membres de la commission de suivi. Elles se rendent régulièrement en Ukraine et sont de ce fait en mesure de se rendre compte des événements qui se déroulent actuellement en Ukraine.

S’agissant de l’affaire Gongadze, le rapport de Mme Leutheusser-Scharrenberger est un rapport objectif, qu’il nous plaise ou non. A cet égard, le projet de résolution qui nous est proposé est un texte indispensable pour rétablir la justice et la vérité. Chacun sait que l’opinion publique ukrainienne ne croit pas à l’objectivité des enquêtes en cours sur ces affaires qui pourraient impliquer de hauts responsables et de hauts fonctionnaires du pays.

Dans tous les domaines qui sont abordés par le projet de résolution, il faut reconnaître qu’un travail considérable a été accompli en Ukraine. Notre rapporteure l’a relevé. On a pu ainsi établir la date de l’assassinat de M. Gongadze. On sait qui a organisé concrètement l’assassinat, le général Poukatch qui se cache à l’étranger, mais il reste à savoir, au-delà des rumeurs qui courent, qui est le véritable commanditaire de ce meurtre. On ne peut donc qu’approuver les propos de notre rapporteure et tout faire pour résoudre deux questions fondamentales. Il faut d’abord qu’il y ait une expertise internationale portant sur l’authenticité de ces fameux enregistrements Melnytchenko qui auraient été enregistrés dans le bureau du président Koutchma. Toutefois jusqu’à présent, il n’a pas été possible de transmettre les originaux afin d’expertise auprès des laboratoires internationaux.

La seconde question concerne le procès du général Poukatch qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Ce sont là les deux questions fondamentales qui nous préoccupent, car si elles étaient réglées, cela permettrait de faire toute la lumière sur l’affaire Gongadze.

Quant à l’expertise des enregistrements, on a perdu beaucoup de temps ce qui a retardé l’enquête. D’abord, M. Melnytchenko lui-même ne s’est pas conduit de manière cohérente. Après avoir indiqué qu’il irait en Ukraine, il s’est finalement rendu en Amérique. De même, il a changé d’avis quant à la restitution des enregistrements. Et il a fallu également identifier des experts internationaux compétents.

Aujourd’hui cependant, grâce au travail très important de notre rapporteure, Mme Sabine Leutheusser-Schnarrenberger – j’insiste sur ce point – les originaux de ces enregistrements ont enfin été transmis aux enquêteurs du parquet pour qu’une expertise internationale puisse avoir lieu. On a enfin une perspective réaliste que cette question fondamentale soit tranchée. Quant au général Poukatch, l’aide de la communauté internationale est ici indispensable. Les parlementaires ukrainiens souhaitent tout faire pour que ces crimes soient élucidés avec l’aide des structures internationales, et notamment du Conseil de l’Europe.

La clarification de l’affaire Gongadze serait une victoire internationale et une preuve de l’efficacité du Conseil de l’Europe pour assurer le respect des droits et des libertés fondamentales de l’homme. Notre groupe de la gauche européenne appuie le projet de résolution. (Applaudissements)

 

Nomination des candidats et élection des juges à la Cour européenne des droits de l’homme

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation).− L’élection des juges à la Cour européenne des Droits de l’Homme est l’un des rares pouvoirs de cette Assemblée, et un pouvoir important, même si elle effectue son choix parmi des listes soumises par les États. La sous-commission sur l’élection des juges exige en effet de tous les gouvernements que leurs propositions répondent aux critères les plus élevés pour garantir aux justiciables la meilleure qualité possible des arrêts de la Cour. Je rends hommage, au nom du groupe GUE, à M. Chope pour son excellent rapport, ainsi qu’à la sous-commission pour le très bon travail qu’elle accomplit.

C’est pour améliorer encore ce travail de la sous-commission que la commission des questions juridiques présente aujourd’hui son rapport. Le rapporteur propose à l’Assemblée de demander aux États membres qui ne l’auraient pas encore fait de mettre en place des procédures nationales de sélection appropriées, avec notamment des appels publics à candidature et la garantie que tous les candidats connaissent de manière approfondie l’une des deux langues officielles de la Cour et suffisamment la seconde.

Pour faire pression sur les gouvernements, il propose que toutes les candidatures ne répondant pas aux critères fixés par la sous-commission soient rejetées par l’Assemblée ; mais celle-ci peut-elle prendre une telle décision ? Cela paraît quelque peu arbitraire, puisque c’est la sous-commission qui décide de proposer ou non une liste à l’Assemblée. Cette proposition doit sans doute plutôt s’entendre comme l’affirmation du droit de la sous-commission à rejeter une liste.

Mon groupe juge utile de réaffirmer ce droit de la sous-commission. Il ne s’agit pas de lui dire ce qu’elle a à faire, mais simplement de l’autoriser à le faire. Elle doit donc pouvoir interpréter les critères si elle le souhaite, notamment pour aider les très petits pays à fournir une liste de candidats appropriés et leur assurer une possibilité réaliste d’avoir un juge à la Cour européenne des Droits de l’Homme. L’Assemblée doit poursuivre le même but, car ces très petits pays se heurtent à des problèmes bien réels pour élaborer une liste de trois candidats. Pour cela, elle doit veiller à ne pas prescrire à la sous-commission ce qu’elle doit faire mais à lui donner la possibilité de travailler de façon satisfaisante, comme elle l’a fait jusqu’à présent.

Enfin, Monsieur Evans, si des femmes conservatrices ont tendance à ne pas choisir d’autres femmes, c’est peut-être plus une question d’idéologie que d’appartenance sexuelle. D’où l’intérêt d’avoir davantage de femmes progressistes dans cette Assemblée ! (Applaudissements).

 

Mercredi 28 janvier 2009 à 10 heures

 

Conséquences de la guerre Géorgie – Russie (discussion commune de deux rapports)

 

M. LAAKSO (Finlande) (Interprétation). – Le moment est venu de faire le point sur la situation afin de définir les mesures qui permettront de stabiliser la situation dans la région.

Le Groupe pour la gauche unitaire européenne regrette que le Conseil de l’Europe n’ait pas joué un rôle plus important pendant le conflit, mais il remercie M. Hammarberg pour son action. En revanche, la déclaration du président du Comité des Ministres de l’époque, M. Bildt, nous a paru tout à fait inadaptée.

Sans doute ne le voulait-il pas, mais cette déclaration a empêché le Conseil de jouer son rôle.

Tout cela est du passé. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de la présence sur place de gens de terrain, d’observateurs. La région ne peut pas être un trou noir. Cette délégation serait bien sûr parfaitement neutre, et ne remplacerait pas l’action de l’OSCE ; mais elle fait partie de nos missions.

Enfin, d’aucuns affirment que si la Fédération de Russie ne revient pas sur la reconnaissance de ces deux régions, sa coopération future avec le Conseil de l’Europe sera compromise. Ils envisagent même des sanctions. Pourtant la reconnaissance du nord de Chypre n’a pas été, depuis 1974, considérée comme une entrave à la coopération avec la Turquie ! C’est le dialogue entre les parties qui est indispensable pour l’instant. Notre tâche est de trouver une enceinte, un forum qui le rende possible. (Applaudissements)

 

M. KESKIN (Allemagne) (Interprétation). – Monsieur le Président, mes chers collègues, la guerre entre la Géorgie et la Russie nous a tous profondément choqués. Ces images atroces de morts et de personnes en fuite se sont gravées profondément dans nos mémoires. Ces images prouvent que la guerre ne peut pas, ne peut plus, au XXe siècle, être conçue comme un moyen de remplacer la politique. La guerre tue, la guerre déshumanise. La guerre ne résout pas les problèmes ; au contraire, elle crée de nouvelles injustices.

Les Nations Unies et l’OSCE, depuis environ quinze ans, s’efforçaient d’assurer une médiation entre la Géorgie et les provinces séparatistes. Cet effort était judicieux et la solution à ce conflit ne peut être imposée, elle doit être négociée entre les parties au conflit.

Ces efforts de longue haleine ont été anéantis par l’offensive menée par la Géorgie contre la capitale de l’Ossétie du Sud. L’armistice, surveillé par l’OSCE, a été rompue par le Gouvernement géorgien. Reconnaissons que la manière dont la Russie a mené cette guerre contre son petit voisin du sud était totalement disproportionnée et qu’elle a frappé avant tout la population géorgienne civile. La guerre a débouché sur une catastrophe humanitaire. Nous savons que près de 70 000 personnes ont fui et ont quitté leurs maisons. Si l’on ajoute les réfugiés des événements précédents, ce sont près de 350 000 personnes qui aujourd’hui n’ont plus de maison.

M. Hammarberg et plusieurs de nos collègues ont appelé notre attention sur la catastrophe humanitaire et notre objectif le plus urgent doit consister à apporter une aide d’urgence à toutes ces personnes qui ont besoin de nourriture, d’abris ou de logements, d’aide médicale. Il faut trouver les moyens de les protéger contre les rigueurs de l’hiver. Ils ont besoin d’être animés d’une perspective, celle de vivre sans danger sur le lieu d’origine. Je souhaite que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe s’attache précisément à ces besoins d’aide humanitaire. (Applaudissements)

 

Communication du Comité des Ministres

 

M. JACOBSEN (Norvège) (Interprétation). – La présidence espagnole est très active au Comité des Ministres. L’écrivain Rubén Diario disait : « Si la patrie est petite, on la rêve grande ». Comment le Conseil de l’Europe peut-il intervenir pour aider les milliers de réfugiés du Caucase du Sud à rentrer chez eux ?

 

LE PRÉSIDENT. – La parole est à M. le Président du Comité des Ministres.

 

M. MORATINOS (Interprétation). – Je vous remercie pour cette question posée dans un excellent espagnol. Il est toujours très agréable d’entendre l’un de nos compatriotes européens parler la langue espagnole !

Les responsables politiques sont parfois fatalistes et se sentent impuissants face à des questions aussi graves que celle que vous évoquez. Au Comité des Ministres, nous avons hérité du plan d’action de la présidence suédoise, mais il reste difficile de parvenir à un consensus. Je peux vous garantir que je ne vais pas rester les bras croisés. Nous devons agir concrètement sur le terrain. La présidence espagnole fera tout son possible pour faire bouger les choses si les efforts diplomatiques ne suffisent pas.

 

Mercredi 28 janvier 2009 à 15 heures

 

Conséquences de la guerre entre la Géorgie et la Russie

 

M. LOTMAN (Estonie) (Interprétation). – Lors de notre débat précédent consacré à la guerre entre deux de nos États membres, j’avais dit que je trouvais la situation trop tragique pour que nous puissions féliciter les rapporteurs. Cela paraissait déplacé. Je maintiens mon point de vue, mais reconnais que nos rapporteurs ont, pour l’essentiel, réalisé un bon travail, même si l’on peut encore l’améliorer. Je les en remercie donc.

D’emblée, je précise que je soutiens pleinement les amendements proposés par la commission des questions juridiques et des droits de l’homme. Lors du dernier débat sur le sujet, mon groupe, la GUE, avait été unanime pour dire que les premières victimes de la guerre étaient les civils. Ce constat est toujours aussi valable aujourd’hui.

Les organisations humanitaires internationales, les ONG telles que Amnesty International et Human Rights Watch ont confirmé la gravité de la situation sur le plan humanitaire. Voilà l’autre message à faire passer : il faut tout faire pour résoudre la crise humanitaire et garantir les droits de l’homme. Il faut donc supprimer tout obstacle à la distribution efficace de l’aide humanitaire ou à l’observation de la situation sur le plan des droits de l’homme.

La délégation estonienne avait aussi constaté que l’invasion par la Russie d’une partie de la Géorgie constituait une agression militaire, autre constat toujours aussi valable ! La Russie occupe toujours militairement une partie du territoire souverain de la Géorgie. Cette situation ne doit pas être légitimée.

Bien entendu, les deux parties sont responsables des souffrances des civils. Encore une fois, il suffit de lire les témoignages de Human Rights Watch. Mais ce sont les paras militaires d’Ossétie du Sud liés aux Russes qui ont procédé au nettoyage ethnique des villages géorgiens de la région en conflit. Le gouvernement russe porte la responsabilité de ces actions menées par ses alliés sur un territoire que ses forces armées contrôlent. Les ONG ont confirmé que les deux parties s’étaient rendu coupables de violation du droit humanitaire international ; les mêmes organisations confirment que l’occupation du territoire géorgien par l’armée russe aggrave la situation.

Les armées russes qui ont déjà été responsables de la perte de nombreux civils pendant les guerres de Tchétchénie, n’ont aucune crédibilité pour se proclamer sauveurs au plan international. Il faut donc que nous agissions pour rétablir une situation normale sur le plan humanitaire.

Puis, faisons ce que nous pouvons, adoptons la résolution, donnons-lui un prolongement concret et nous reviendrons, hélas, certainement sur le sujet lors de la prochaine partie de session. (Applaudissements)

 

Débat d’actualité sur la situation à Gaza

 

M. JACOBSEN (Norvège) (Interprétation). –  Je suis déçu que M. Lindblad se soit vu accorder dix minutes de temps de parole au nom du Conseil de l’Europe sur le thème des relations entre Israël et les Palestiniens sans parler une seule fois d’occupation. Car c’est de cela qu’il s’agit ! Les Nations unies ont dit la vérité là-dessus.

Je suis ravi, en revanche, qu’Israël et des organisations telles que Peace Now œuvrent pour la paix. Je pense en effet qu’Israël devrait chercher la paix. Gaza est la prison en plein air la plus grande du monde et bombarder des populations civiles est un crime de guerre.

Deux médecins norvégiens étaient dans l’hôpital qui a été bombardé. Ils ont dû se contenter d’être les témoins d’une tuerie puisque ni les médias internationaux ni les organisations humanitaires n’ont eu accès à Gaza. Ces deux médecins se sont demandés où était la Croix-Rouge, les organisations humanitaires. Les gens mouraient, il y avait des milliers de blessés. Qui s’occupe des besoins fondamentaux de ces civils ?

Les autorités norvégiennes ont été en contact avec le Hamas depuis les élections. Pourquoi pas ? Au Conseil de l’Europe, nous savons bien que les élections légales et observées doivent être respectées, au moins jusqu’aux prochaines, qui offrent à quelqu’un d’autre la possibilité de prendre le pouvoir. Israël a besoin de paix et de sécurité, il lui faut bien accepter un interlocuteur palestinien, au lieu d’enfermer la moitié des dirigeants politiques palestiniens jusqu’au jour où ils n’auront plus personne à qui parler ! M. Barouti et d’autres sont autant de symboles nationaux pour les Palestiniens. Ces interlocuteurs existent, si Israël voulait vraiment leur parler.

Réintroduisons les frontières de 1967 ! Mettons fin à l’occupation ! Retirons les colonies et, de grâce, arrêtez cette politique de construction de nouvelles colonies, comme cela se passe à Jérusalem Est où les gens se font expulser de leurs maisons ! Respectez la propriété privée ! Pourquoi ne pas mettre un terme à cela ?

 

Jeudi 29 janvier 2009 à 10 heures

 

Contestation pour des raisons formelles des pouvoirs non encore ratifiés de la délégation parlementaire de l’Albanie

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation). – Contester des pouvoirs est quelque chose de grave.

Nous devons défendre les droits de tout parlement de nommer ceux qui le représentent au sein de notre Assemblée, cette dernière n’étant pas habilitée à dicter leur conduite aux parlements.

Il nous faut défendre les droits des membres individuels de l’Assemblée. En l’occurrence, nous étions confrontés à une contradiction. C’est la raison pour laquelle la commission du Règlement a été saisie et qu’elle a pris sa décision.

Nous pouvons conclure à l’absence de violation du Règlement. Nous approuvons également la conclusion relevant les ambiguïtés du règlement intérieur du parlement albanais avec possibilité d’interprétations divergentes.

Je suis heureux que la commission du Règlement ait décidé d’envoyer deux de ses membres en Albanie. Cela nous permettra de mieux appréhender la situation dans ce pays, mais aussi de prévenir ce type de situation. En effet si, aujourd’hui, l’Albanie est concernée, il se pourrait que de mêmes ambiguïtés de leur règlement intérieur existent dans d’autres parlements. J’invite en conséquence les délégations parlementaires à examiner le règlement intérieur de leur parlement pour que de telles difficultés ne se reproduisent pas à l’avenir. (Applaudissements)

 

Conséquences de la crise financière mondiale (Débat selon la procédure d’urgence)

 

M. ELZINGA (Pays-Bas) (Interprétation). – Nous vivons une période curieuse. Ce qui paraissait évident il y a peu, ne l’est plus. La crise financière a des effets dévastateurs. Elle est profonde et elle s’aggrave à un rythme alarmant. Les statistiques empirent de semaine en semaine. L’OCDE, l’Union européenne, les gouvernements, la Banque centrale européenne, les banques centrales nationales, la Banque mondiale, le FMI revoient chaque semaine leurs prévisions à la baisse. Les chiffres qui figurent aujourd’hui dans le rapport sont sans doute déjà trop peu pessimistes.

Nous sommes aussi menacés par une crise sociale. Conséquence de la récession économique, les pays pauvres sont frappés par la crise alimentaire plus tôt que d’habitude. Nombre de pays membres du Conseil de l’Europe vont entrer ou sont déjà en récession. Les prévisions pour le premier semestre de cette année sont inférieures à celles du second semestre de l’année dernière. Un grand nombre d’emplois va être supprimé. Les ministres du travail de nos pays annoncent des taux de chômage record pour l’année prochaine.

Après les milliards consacrés au sauvetage du secteur financier, on peut craindre qu’il n’y ait plus d’argent public pour venir au secours des systèmes de sécurité sociale, du système de la santé, de l’éducation et d’autres secteurs importants.

Mon discours n’est guère différent de celui que je tenais dans notre débat sur l’OCDE, il y a quelques mois. Or le rapport qui nous est présenté est très différent de celui que nous examinions, à l’époque, et je tiens sincèrement à en féliciter le rapporteur. M. Sasi a en effet rédigé un rapport équilibré, critique à l’égard du système financier mondial. Il pointe la cupidité des banquiers, la recherche du profit à court terme, les mauvaises pratiques de management, le manque de transparence du secteur financier. Le rapport accuse les autorités publiques de ne pas avoir pris des mesures de surveillance adéquates.

Le rapporteur formule des propositions : relance de l’investissement et de la demande agrégée, mise en place de règles de surveillance des marchés financiers, lutte contre les paradis fiscaux. Il prône un développement économique écologique et durable, la solidarité entre les États membres et vis-à-vis des pays en développement, la solidarité au sein de nos nations, le respect des droits sociaux et économiques des citoyens.

J’ai pensé un moment que M. Sasi était un néolibéral. Je me trompais. Si, dans le débat sur l’OCDE, il y a quelques mois, je m’étais exprimé dans les termes du rapport, on m’aurait taxé de radicalisme, alors qu’aujourd’hui, selon le rapporteur, ces idées relèvent du sens commun.

Je m’en félicite. Apparemment, les Islandais partagent cet avis, puisqu’ils ont rejeté le gouvernement qui avait si mal géré les finances nationales.

Après l’Allemagne et la Grèce, la France connaît aujourd’hui une importante journée de grève. Le Figaro évoque « un jeudi noir ». Peut-être vaudrait-il mieux parler d’un jeudi rouge ! En tout cas, 70 % des Français appuient ce mouvement, et j’espère que M. Sasi nous rejoindra cet après-midi pour manifester Place de la Bourse et répondre à l’appel lancé par les syndicats. Je lui remettrai tout à l’heure un tee-shirt de la CGT, à moins qu’il ne préfère porter les couleurs d’une autre centrale syndicale ! Il faut d’ailleurs saluer le fait, que pour la première fois depuis trente ans, l’ensemble des syndicats français appellent tous ensemble à manifester pour défendre les droits des travailleurs. (Applaudissements)

 

Jeudi 29 janvier 2009 à 15 heures

 

Les sociétés privées à vocation militaire ou sécuritaire et l’érosion du monopole étatique du recours à la force

 

M. LECOQ (France). – Je félicite M. Wodarg pour ce rapport qui nous alerte à juste titre sur la tendance croissante à faire appel à des compagnies privées pour accomplir des tâches dans le domaine militaire et de sécurité. Nous sommes confrontés à un défi considérable qui touche aux valeurs défendues par le Conseil de l'Europe dans la mesure où la prérogative étatique du recours à la force, spécifiquement la force militaire, est remise en cause.

Nous sommes confrontés à une extension et à une banalisation d'un mercenariat moderne, un mercenariat qui ne concerne pas les États faibles ou déliquescents – condamnés par les textes et les conventions internationales – mais bien des États constitués qui se revendiquent du droit international.

Face à ce phénomène nouveau, le flou juridique actuel laisse la voie ouverte à toutes les dérives, lesquelles, si elles ne sont pas combattues avec énergie par une convention contraignante, sont porteuses de graves menaces pour la paix, pour le règlement des conflits et pour les droits humains.

Le phénomène est de moins en moins marginal. Plus d'un million de personnes sont concernées, avec plus d'un millier de sociétés privées représentant un marché de 200 milliards de dollars. Les principales sociétés – comme la MPRI, qui sous-traite pour l'armée américaine en Irak – sont anglo-saxonnes. Les pressions montent en Europe, dans nos pays, pour légitimer de telles entreprises, banaliser voire justifier l'extension de ces pratiques.

Il s'agit ni plus ni moins que de légitimer la privatisation de la violence qui, dès lors, ne serait plus le monopole régalien des États, mais qui serait dévolu à des sociétés privées d'actionnaires, à but lucratif. La dérive libérale touche là à son comble. On va jusqu'à invoquer les mérites de la concurrence au nom de l'efficacité ! Selon cette logique, seuls ceux qui auraient des moyens financiers suffisants pourraient se doter des moyens de leur sécurité. Pourtant la sécurité nationale et la protection des populations ne sauraient constituer un marché.

L'usage de la force doit rester l'extrême recours et toujours venir en appui à une solution politique du conflit. L'usage de la force a toujours une dimension politique. Or ces sociétés privées n’ont ni la compétence de s'attaquer aux causes profondes des conflits ni intérêt à le faire, puisqu’elles en tirent profit.

L'essor de la sous-traitance à des compagnies privées est un moyen de contourner la pression publique pour la réduction des dépenses militaires et le contrôle démocratique de l'engagement militaire.

Pour justifier leur existence, ces sociétés invoquent la sécurisation d'organisations internationales gouvernementales et non-gouvernementales dans des zones de conflit. Or il s’agit là d’une des missions de l'Onu, mais le désengagement des États ouvre la porte à la dérive actuelle, certains allant jusqu'à suggérer l'utilisation de sociétés mercenaires pour des opérations de maintien de la paix. A cet égard, l'imposition d'un contrôle et de normes contraignantes est d'autant plus impérative que la distinction entre sécurité et militaire est floue, fragile et précaire.

Pour réfléchir aux normes contraignantes d'une convention européenne sur les sociétés militaires privées, nous devons être fermes sur quelques principes fondamentaux. L'usage de la violence doit rester le monopole des États. La violence armée et la sécurité ne peuvent être régies par les lois du marché. L'instauration de normes ne doit pas conduire à une légitimation de la privatisation de la guerre et du mercenariat. Elle ne doit pas contrevenir aux législations existantes les plus contraignantes mais au contraire les conforter. Elle doit renforcer les critères de distinction entre sécurité intérieure et défense. Elle doit prôner le renforcement du contrôle politique et démocratique des sociétés privée de sécurité. Elle doit réaffirmer le principe de la primauté à la prévention et à la solution politique des conflits. Enfin, nous ne devons pas hésiter à adopter des législations répressives contre tout ce qui s'apparente au mercenariat, conformément aux principes qui fondent le droit international. (Applaudissements)

 

Attitude à l’égard des monuments commémoratifs faisant l’objet de différentes interprétations historiques dans les États membres du Conseil de l’Europe

 

M. MACHADO (Portugal) (Interprétation). – Le sujet n’est pas nouveau. Tout au long de l’histoire de l’humanité, diverses personnes, diverses organisations politiques et sociales, diverses cultures ont traité leur passé historique de façon différente. Comment se confronter à son passé et aux monuments ? C’est une vieille question. On cherche à récrire l’histoire, à la mettre sous le boisseau, quitte à détruire des vestiges historiques.

Nous examinons un projet de résolution relatif aux monuments construits par les Soviétiques ou érigés en leur honneur. Dans de nombreux pays, on les a déplacés dans des parcs, détruits ou remplacés par des monuments qui créent parfois des controverses. Dans le projet qui nous est soumis, la destruction ou la construction de monuments est considérée comme relevant de la souveraineté de chaque pays. Il importe d’avoir un débat sur ce point.

Le patrimoine historique doit être préservé. Le problème des différentes interprétations du sens de ce patrimoine doit être résolu dans chaque pays. Si les peuples et les systèmes politiques avaient systématiquement détruit les vestiges du passé, nous ne pourrions pas visiter le Colisée à Rome, l’Acropole à Athènes ou la tour de Belém à Lisbonne.

Les monuments qui ont été construits pour rendre hommage aux soldats soviétiques morts à l’étranger au cours de la Seconde Guerre mondiale sont également importants. Quelque regard que l’on porte sur l’Union soviétique, ce pays a joué un rôle essentiel dans la défaite du fascisme nazi. Il faut respecter ces soldats. Ils méritent notre hommage.

On doit respecter l’histoire et ceux qui ont payé de leur vie la lutte contre le fascisme. Il convient d’éviter les conflits sur cette question. Leurs dépouilles ne doivent pas être exhumées sans consulter les pays concernés.

Le rapport tente d’établir un parallèle entre le fascisme nazi et le socialisme soviétique. Ce révisionnisme historique est dommageable. N’oublions pas que les communistes ont été les premiers à souffrir des tortures et des assassinats perpétrés par les nazis. Le rôle essentiel de l’Union soviétique dans la lutte contre le fascisme nazi doit être souligné. Le peuple soviétique et les communistes en Europe ont contribué, de façon décisive, à la déroute du nazisme. Mettre en parallèle communisme totalitaire et fascisme nazi va à l’encontre de la dimension démocratique.

Il est dit aussi dans le rapport que les crimes du fascisme et du national-socialisme, dans son règne de terreur, ne sont pas des excuses pour « les déplorables crimes du communisme ». Je suis communiste, membre du parti communiste portugais, fondé en 1921, qui s’est opposé à la dictature fasciste de Salazar. Il y a lieu de défendre l’idée de justice qui sous-tend le projet de l’idéal communiste. Une dimension humaniste profonde nous a jetés dans la lutte pour la construction d’une société sans exploitation. S’agissant de patrimoine historique, il convient de tenir compte d’une telle dimension historique. (Applaudissements)

 

Vendredi 30 janvier 2009 à 10 heures

 

Migrations et déplacements environnementaux

 

M. LOTMAN (Estonie) (Interprétation). – Ces excellents rapports et projet de résolution viennent à point nommé. Le rapporteur mérite nos félicitations. Au nom du Groupe GUE, constitué en bonne partie de Verts, je soutiens les principales conclusions de ce document.

Le rapport accorde une importance toute particulière au labyrinthe terminologique régissant la matière, mais je ne m’attarderai pas sur cet aspect par manque de temps.

La résolution commence par une affirmation tout à fait fondée, à savoir que la migration est une des plus anciennes stratégies face à un environnement inamical. Nous, êtres humains, ne sommes pas la seule espèce à vivre sur cette planète ; mais nous, hommes modernes du XXIe siècle, sommes responsables de la détérioration de l’environnement, ce qui a une conséquence non seulement sur les êtres humains mais aussi sur les animaux et les autres espèces. Ceux qui vivent dans d’autres régions du monde doivent payer le prix de cette dégradation. Cela est évident pour ce qui est du changement climatique dont les causes se situent principalement en Europe, en Amérique du Nord ou en Chine, mais dont les principales conséquences se traduisent en Afrique, en Océanie, dans l’Arctique et au Tibet. Dans le cas de l’Afrique, vous le savez, les victimes sont déjà en route.

Cette fuite de l’Afrique a de très nombreuses causes, allant de la guerre à la tyrannie en passant par la famine et la sécheresse. Nombre d’entre elles sont liées au changement climatique, au réchauffement de la planète ou à d’autres catastrophes écologiques provoquées par l’homme. Toutefois des phénomènes naturels tels que les sécheresses ou les inondations vont devenir de plus en plus fréquents et graves en raison du changement climatique dû à l’homme. Cela peut, à son tour, engendrer des conflits et des luttes pour des ressources qui deviennent de plus en plus rares. Pour ce qui est des réfugiés africains, les problèmes que nous avons créés nous retombent sur la tête.

Il faut donc engager une action rapide. C’est notre devoir moral, mais c’est aussi notre intérêt. Nous devons gérer ces flux de populations dus à des catastrophes pour éviter encore davantage de souffrances humaines et pour que ces personnes puisse vivre, dans toute la mesure du possible, une vie décente. Cependant il est encore plus important de tout mettre en œuvre pour réduire notre impact sur le climat et notre empreinte écologique. C’est maintenant qu’il faut agir. (Applaudissements)