Discours, session de juin 2011
Lundi 20 juin 2011 à 11 heures 30
Rapport
d’activité du Bureau de l’Assemblée et de
M. HUNKO (Allemagne) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne – Comme M. Gross, je constate que nous vivons
une double crise de la démocratie. Nous avons tous vu ce qui se passait en
Espagne. Cela a des répercussions ailleurs en Europe. Nous voyons se dessiner
une aspiration à plus de démocratie, non seulement dans nos pays voisins, mais
également au sein de pays membres du Conseil de l’Europe. Nous assistons à une
véritable crise de la représentation démocratique. Il est indispensable
d'aborder cette question et il est sans doute souhaitable de prévoir un rapport
approfondi sur le sujet.
Quelques mots également sur les
élections en Turquie.
A l’aune de l'abstention, on ne peut
pas parler de crise de la participation en Turquie : cette dernière a
largement dépassé les 80 %. La population a vraiment pris part au
processus électoral. J’étais moi-même en Turquie et dès 7 heures du matin,
il y avait foule dans les bureaux de vote. Je l’ai constaté de visu.
Cela dit, de nombreux problèmes
subsistent. Je citerai pour commencer le seuil des 10 % qui demeure un
obstacle important à la participation à la vie politique. Je déplorerai aussi
les nombreuses arrestations qui ont eu lieu juste avant le scrutin. Un autre
point me tient à cœur. J’étais, avec une collègue française, à Van, au sud-est
de
Cela dit, je constate que le
prochain parlement comptera trente-six députés d’origine kurde qui se réuniront
au sein d’un groupe politique. C’est un succès. En tant qu’Assemblée
parlementaire, nous espérons qu’à l’avenir, la délégation turque comptera un
membre de cette région. Cela ne pourra que faire progresser
Des élections locales se sont tenues
en Moldavie. Dans ce pays aussi, les tensions se font parfois sentir. Se sont
notamment posés des problèmes de listes électorales.
En tant que membres du Conseil de l’Europe, nous restons inquiets de la
situation dans ce pays et nous continuerons à observer ce qui s’y passe.
Lundi 20 juin 2011 à 15 heures
Communication du Comité des Ministres à l’Assemblée, présentée par M. Kostyantyn Gryshchenko, Ministre
des Affaires étrangères de l’Ukraine, Président du Comité des Ministres
M. PETRENCO (Moldova) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne. – Lors de la commission permanente de Kyiv, vous avez déclaré que l’une des priorités de votre
présidence du Comité des Ministres serait l’Afrique du Nord et les changements
récents de cette région.
Qu’avez-vous fait dans ce
domaine ?
Par ailleurs,
LE PRÉSIDENT – La parole est à M. le Président.
M. GRYSHCHENKO,
Président du Comité des Ministres*-
Merci pour ces questions.
La situation en Afrique du Nord et
au Moyen-Orient interpelle forcément les membres du Conseil de l’Europe, car
nous parlons là de pays voisins, dont beaucoup sont d’importants fournisseurs
d’énergie pour l’Europe. Ces pays ont en général des liens très anciens avec le
continent européen et sont pour lui des partenaires commerciaux en même temps
que des destinations touristiques appréciées.
Quant à votre seconde question, vous
comprendrez qu’en tant que ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine, je ne
puisse pas commenter une décision de l’autorité constitutionnelle suprême de
mon pays.
Les
budgets et priorités du Conseil de l’Europe pour les exercices 2012-2013
Les
dépenses de l’Assemblée parlementaire pour les exercices 2012-2013
(Discussion
commune)
M. ELZINGA (Pays-Bas) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne (GUE). – Le Groupe pour la gauche unitaire
européenne soutient la réforme budgétaire visant à conforter la pertinence
politique du Conseil de l’Europe ainsi que son efficacité à travers la
rationalisation de ses structures opérationnelles. Néanmoins, parler de
rationalisation alors que les coupes budgétaires sont déjà effectives limite
considérablement le travail qui pourrait être accompli.
Le budget global du Conseil de
l’Europe s’élève à 217 millions pour l’exercice 2011. S’il s’agit d’une somme
assez rondelette, il convient tout de même de la relativiser en la comparant au budget de l’Union européenne, lequel s’élève
pour le même exercice à 127 milliards, soit 585 fois le budget du Conseil
de l’Europe, lequel représente 0,17 % du budget de l’Union. Alors que,
après plusieurs années de croissance zéro, nous sommes confrontés à des réductions
de notre budget pour 2012 et 2013, celui de l’Union augmente de 4,9 % pour
2012, ce qui représente une hausse de 6,2 milliards, soit 29 fois le
budget global du Conseil de l’Europe. Cela est d’autant plus intéressant que
l’Union européenne est engagée dans le processus d’adhésion à
L’Union européenne va adhérer à
Mardi 21 juin 2011 à 10 heures
La
demande de statut de Partenaire pour la démocratie auprès de l’Assemblée parlementaire
présentée par le Parlement du Maroc
M. ELZINGA (Pays-Bas) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne. – En 2009, l’Assemblée inventait le statut
de Partenariat pour la démocratie afin d’organiser une coopération structurelle
avec les parlements des pays voisins et de promouvoir les valeurs fondamentales
du Conseil. Aujourd’hui, pour la première fois, nous concrétisons cette idée si
nous décidons d’octroyer ce nouveau statut au Parlement marocain.
Au nom de mon groupe je félicite M.
Volonté, pour ce premier rapport important sur ce sujet et pour son excellent
travail.
La demande marocaine pourrait être
suivie de beaucoup d’autres. Nous en avons reçu une du Conseil national
palestinien qui veut devenir un partenaire pour la démocratie. Nous pourrions
en recevoir d’autres de démocraties émergentes en Afrique du Nord et au
Proche-Orient. Depuis 2009 le monde a profondément changé dans ces régions.
Après la révolution tunisienne, nous avons assisté à une rébellion égyptienne
contre le pouvoir autoritaire. Le printemps arabe est l’événement phare de
cette année.
Dans la semaine, nous débattrons de
la situation en Tunisie, en Libye et en Syrie. Lors de la session d’automne, le
printemps arabe sera à nouveau à l’ordre du jour.
A l’heure actuelle, le statut de
Partenaire pour la démocratie peut devenir un nouvel instrument précieux pour
aider les démocraties émergentes en Afrique du Nord et au Proche-Orient. Cela
est reconnu par le Conseil de l’Europe mais également par l’Union européenne et
même par les Nations Unies.
Nous avons une responsabilité
importante à assumer. On ne peut accorder sans contre partie ce statut. Cela
doit déboucher sur des progrès pour la démocratie, l’Etat de droit et le
respect des droits humains.
Le Maroc n’est pas encore une
démocratie aboutie, comme cela est indiqué dans le rapport. Son Parlement
fonctionne dans un système pluraliste mais beaucoup de pouvoirs restent entre
les mains du roi. La démocratie ne fait qu’émerger. Des dispositions
autoritaires existent encore dans la société. Il faudra donc suivre l’évolution
de nos revendications au cours des deux années qui viennent.
Concernant le Sahara occidental,
nous soutenons l’amendement n° 3.
Octroyer ce statut sera le début
d’une relation. Il deviendra la norme pour les autres demandes dont nous serons
saisis. Nous sommes favorables à l’octroi de ce statut pour le Maroc, mais le
Parlement marocain doit répondre aux attentes. Nous nous réjouissons de sa
participation structurelle aux activités de notre Assemblée.
Nous nous réjouissons de la tenue
d’un débat concernant la demande des Palestiniens à l’automne prochain.
Si ce nouvel instrument peut asseoir
la démocratie chez nos voisins, nous ne pouvons que nous en féliciter.
Discours
de M. Victor Ianoukovitch, Président de l'Ukraine
M. KOX (Pays-Bas) au nom du Groupe de la
gauche unitaire européenne – Je suis heureux de vous revoir, monsieur le
Président, et je vous remercie de répondre à nos questions.
Vous avez parlé de l’importance de
Deuxièmement, allez-vous être en
mesure d’affronter tous les dangers que représente la catastrophe de
Tchernobyl, qui, au bout de vingt-cinq ans, affecte encore les citoyens, ou
avez-vous besoin pour cela de l’aide internationale ?
LE PRÉSIDENT – La parole est à M. le Président
M. IANOUKOVITCH, Président de l’Ukraine
– La décision de
Quant à Tchernobyl, les problèmes
que nous connaissons en Ukraine sont très prégnants ; les plaies sont
encore ouvertes. Nous sommes donc très reconnaissants à tous les pays qui ont
participé à la conférence de Tchernobyl, organisée à l’occasion du vingt-cinquième
anniversaire de la catastrophe. Au cours de cette conférence, nous avons abordé
la question, très délicate et importante pour nous, mais aussi pour toute la
communauté internationale, de la construction d’un sarcophage permettant de
sécuriser davantage le système.
Il est prévu de fermer l’unité qui a
été détruite dans la centrale nucléaire, ce qui créerait les conditions
nécessaires pour retirer progressivement toutes les substances dangereuses
encore présentes dans le réacteur détruit. La construction du sarcophage nous
laisserait un délai d’une centaine d’années pour accomplir cette tâche
essentielle, pour mettre un terme aux travaux et rendre le site propre du point
de vue environnemental.
Nous disposons de 100 millions
d’euros environ, mais nous manquons encore de quelque 150 millions. Cela
étant, les fonds dont nous disposons nous permettent d’entamer les travaux.
Selon les projets que nous avons approuvés, nous devrions les achever en 2015.
Nous espérons y parvenir grâce à l’aide que nous apporteront nos partenaires
internationaux à l’initiative du G8. Nous pensons que les obligations de
l’Ukraine, mais aussi du G8, contractées lors de la fermeture de la centrale,
seront respectées.
Mardi 21 juin 2011 à 15 heures
La
situation en Tunisie
M. LECOQ (France)
au nom du Groupe
pour la gauche unitaire européenne.– Monsieur le
Président, mes chers collègues, je salue le remarquable travail de la rapporteure, Mme Brasseur, sur une question
cruciale : l’avenir de la révolution démocratique tunisienne.
J’ai eu à m’intéresser ces derniers
mois à la situation de deux pays du Maghreb. En Tunisie, au printemps, j’ai
mesuré les attentes et les espoirs de tout un peuple, mais surtout, sur les
grands boulevards, les espoirs de toute une jeunesse et son implication
politique dans l’avenir de son pays. A l’automne dernier, au Maroc, j’ai été
arrêté, expulsé dès le lendemain de mon arrivée. Je n’ai donc pas pu mesurer à
El Ayoun l’expression du peuple sahraoui, qui a
revendiqué ses droits tout comme la jeunesse
tunisienne.
Winston Churchill rappelait que la
démocratie, c’est le fait que si l’on sonne chez vous à 5 heures du matin,
vous savez que ce n’est rien d’autre que le livreur de lait. Je souhaite donc à
mes frères marocains et à mes frères sahraouis de n’entendre toujours que le
livreur de lait !
Pour revenir à la question
tunisienne, il est intéressant de remarquer à quel point la réussite économique
de
L’aveuglement de nos gouvernements a
été quasi total, malgré les interpellations incessantes des forces politiques,
notamment celles, en France, du Parti communiste. D’ailleurs, cela faisait dire
à tous les partis tunisiens que nous avons rencontrés que seul ce parti pouvait
« regarder le peuple tunisien dans les yeux » parce qu’il ne l’avait
jamais abandonné. Il nous appartient de tirer les conséquences de ces erreurs
passées et d’encourager
Aussi devons-nous apporter tout
notre soutien au processus démocratique en cours. La révolution est fragile,
consolidons-la, mais ne la laissons pas périr en nous aveuglant à nouveau par
une espérance trop complaisante. Repousser la tenue des élections peut sembler
légitime, mais fragilise la coalition transitoire au gouvernement.
Ne nous laissons pas berner par les
promesses de conversion opportuniste à la démocratie des partis qui lui
étaient, encore hier, opposés. Dit autrement : peut-on faire confiance au
parti islamiste Ennadah, notamment en ce qui
concerne les droits des femmes et la séparation du temporel et du religieux,
critère démocratique essentiel s’il en est ?
Le soutien que nous pouvons apporter
à la révolution tunisienne, sans que cela puisse s’apparenter à de l’ingérence,
serait d’apporter, outre l’expertise technique du Conseil de l’Europe, un
soutien économique au gouvernement transitoire afin de pallier la situation difficile
de la période postrévolutionnaire en attendant que la situation économique se
rétablisse.
On peut d’ailleurs souhaiter que la
fin du racket organisé par le gouvernement antérieur se traduise par un
meilleur partage des richesses entre le peuple tunisien et les investisseurs
occidentaux, ce qui permettrait de rétablir rapidement l’équilibre économique
et soutiendrait le gouvernement transitoire dans ses efforts de relance
économique.
La révolution démocratique
tunisienne a étonné le monde entier. Elle a également permis que le vent de la
démocratie souffle sur l’ensemble des pays arabes. Comme indiqué dans le
rapport, nos pays doivent lui offrir un accompagnement particulier pour traiter
la question de la migration, notamment tunisienne. A cet égard, je salue le
peuple tunisien qui a ouvert sa frontière au peuple libyen et qui a accueilli
ses ressortissants en tant que réfugiés et immigrés.
Disons-lui tout notre respect et
apportons-lui notre entier soutien en votant à l’unanimité les propositions de
résolution et de recommandation contenues dans le rapport.
Demandeurs
d’asile et réfugiés : pour un partage des responsabilités en Europe.
L’interception
et le sauvetage en mer de demandeurs d’asile, de réfugiés et de migrants en
situation irrégulière (Discussion commune)
Mme O’SULLIVAN (Irlande)
au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne. – Le sujet que nous
abordons cet après-midi concerne au premier chef les droits de l’homme. Sur un
tel sujet, on ne peut pas invoquer des raisons économiques, comme le font
certains pays qui déclarent ne pas pouvoir assumer financièrement l’accueil de
demandeurs d’asile et de réfugiés. La protection des droits de l’homme suppose
la responsabilité partagée de tous.
Il est facile pour certains pays de
dire qu’ils ne sont pas concernés et de se décharger de leurs responsabilités
sur les pays exposés à l’afflux de migrants. Sur le plan moral, c’est
inacceptable. Les demandeurs d’asile et les réfugiés sont loin d’être la
priorité des gouvernements. J’estime personnellement, comme les représentants
du Groupe de la gauche unitaire européenne, que ce sujet devrait au contraire
être traité prioritairement par les pays européens. Le partage des
responsabilités ne doit pas être un partage de principe, mais se traduire au
contraire par des actions tangibles en faveur des réfugiés et des demandeurs
d’asile.
En ce qui concerne le premier
amendement, bien sûr, si des personnes souhaitent rentrer chez elles, elles en
ont le droit, mais elles doivent le faire pour de bonnes raisons, et non parce
que les conditions de vie dans les centres de rétention sont déplorables. Si
les conditions de rétention sont en-deçà des normes internationales, cela doit
être dénoncé et des mesures doivent être prises.
Certains demandeurs d’asile et
réfugiés sont particulièrement vulnérables et exigent une protection beaucoup
plus importante que celle qui leur est accordée actuellement. Il s’agit
notamment des mineurs non accompagnés et sans papiers et des femmes jeunes, qui
sont la cible des trafics d’êtres humains. Les personnes âgées sont également
un groupe très vulnérable.
En matière d’interception et de
sauvetage en mer, nous devons savoir que les opérations de sauvetage qui n’ont
pas abouti ont conduit à la mort de nombreuses personnes. Le respect des droits
fondamentaux est indispensable lorsque les personnes sont effectivement
interceptées.
La situation du monde arabe n’est
pas nouvelle. Les flux de migrants trouvent en réalité leur origine dans le
mouvement colonialiste européen des siècles derniers. De nombreux pays
européens se sont taillés la part du lion dans les
pays d’Afrique et d’Amérique latine, se préoccupant fort peu des droits, de la
culture, du patrimoine, de la langue et des croyances des populations
d’origine. Cet argument plaide lui aussi pour le partage des responsabilités.
Tout pays européen a vu, au fil des
siècles, ses enfants quitter ses rivages pour atteindre ceux de l’Australie, de
l’Amérique latine ou de
Les récentes décisions prises au
niveau européen ont maintenu et parfois aggravé des situations dramatiques. Le
Conseil de l'Europe doit aujourd’hui envoyer un signal fort et appeler à la
cessation du conflit en Libye. Un terme doit être mis à la persécution
d’hommes, de femmes et d’enfants. Personne ne devrait avoir à quitter sa
patrie. L’Europe doit donner l’exemple et réserver un traitement juste et
équitable à tous les demandeurs d’asile et à tous les réfugiés.
Si la situation était inversée et si
nous, Européens, devions trouver refuge en Afrique, que penserions-nous des
conditions d’accueil que connaissent aujourd’hui ceux qui arrivent sur nos
rives ?
M. LECOQ
(France) – Monsieur
le Président, mes chers collègues, je salue l’intéressant rapport de notre
collègue Christopher Chope sur la question d’un partage des responsabilités
en Europe en ce qui concerne les demandeurs d’asile et les réfugiés.
De nombreux orateurs se sont
interrogés sur l’origine de l’afflux de réfugiés en Europe, je n’y reviendrai
donc pas. Je m’étonne en revanche de la position globalement défensive de
l’Europe sur la question migratoire. L’impression qui domine est celle d’une
Europe forteresse, égoïste, jalouse de ses prérogatives. Le Conseil de l’Europe
se doit de montrer une image autre, une image empreinte de générosité et de
solidarité, digne des Pères fondateurs de l’Europe.
Ne vous méprenez pas pour autant sur
mes propos : je ne suis pas un doux idéaliste déconnecté de la réalité sociale.
Bien au contraire, pour arpenter régulièrement ma circonscription, je ne suis
que trop conscient des situations de pauvreté endémique, des risques de
xénophobie liés aux situations de crainte et de désespérance. Pour autant, ces
situations sont trop souvent le reflet d’un martèlement médiatique, qui n’a pas
d’autre objet que de créer un ennemi imaginaire, ô combien plus aisé à
combattre lorsqu’il prend l’apparence d’un immigré démuni, cherchant l’asile
sur le territoire européen pour échapper à la mort dans son pays d’origine.
Rappelons-nous que Carl Schmitt faisait reposer sur l’ennemi l’existence même
du politique, avec quelles conséquences.
Si l’on prend en compte la situation
de l’asile, la position européenne est pour le moins ambiguë. L’arrêt de
En outre, Frontex,
l’agence européenne sensée garantir la sécurité des frontières et de ce fait
éviter les risques d’immigration illégale, n’a pas les moyens matériels
d’assurer ses missions du fait de ressources faibles en personnel ou
d’infrastructures logistiques insuffisantes.
Je soutiens les projets de
résolution et de recommandation. Toutefois, je tiens à insister sur un point
particulier : la protection des frontières, en soi une protection
légitime, doit toujours se faire de manière humaniste. Toute politique moderne
doit être empreinte d’humanité.
Par ailleurs, comme le souligne la
résolution, il importe de clairement distinguer la situation des migrants
économiques de celle des demandeurs d’asile. Non pas que l’immigration
économique ne soit pas légitime en elle-même, mais la situation des demandeurs
d’asile relève de la protection relative à
Il y a quatre ans, lorsque je suis
devenu député, j’ai embauché un attaché parlementaire d’origine paraguayenne,
réfugié et francophone. Son parti, deux ans plus tard, a gagné les élections au
Paraguay. Il est aujourd’hui ministre des Affaires étrangères de son
pays ! C’est bien la preuve qu’un réfugié peut être fort utile à nos pays
démocratiques !
Mercredi 22 juin 2011 à 10 heures
Vivre
ensemble dans l’Europe du XXIe siècle : suite à donner au
rapport du Groupe d’éminentes personnalités du Conseil de l’Europe
M. LECOQ (France) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne. – Monsieur le Président, mes
chers collègues, je souhaite remercier le rapporteur pour son travail sérieux.
La question qui nous préoccupe réellement n’est pas tant de savoir quelles
suites donner au rapport mais, plus prosaïquement, de connaître la portée
réelle de ce rapport ! J’ai bien peur que la réponse ne soit
négative : aucune plus-value, aucune valeur ajoutée, rien ! Aussi
peut-on se demander pourquoi de si éminentes personnalités ont perdu du temps
et consommé l’argent du contribuable européen pour ne rien dire ! Combien
a coûté ce rapport ? Combien de réunions inutiles ont-elles été
nécessaires pour aboutir à un consensus mou et stérile ?
Revenons à l’élaboration du rapport
lui-même. Pourquoi avoir demandé à des experts, qui pour la plupart sont
d’anciens responsables politiques, de faire un rapport sur « Vivre
ensemble au XXIe siècle » ? Qu’ont-ils fait, de leur
côté, pour mieux vivre ensemble lorsqu’ils étaient eux-mêmes en
responsabilité ? Pourquoi avoir interrogé « d’éminentes personnalités
» ? Offrent-elles réellement une vision plus éclairée que celle du simple
citoyen confronté dans son quotidien à la montée de l’intolérance, de la
xénophobie, de la précarité et de la pauvreté ?
Qui sont les experts sur cette
question ? N’aurait-on pas dû plutôt s’adresser, au préalable, aux
politiques que nous sommes, représentants des espaces territoriaux qui nous
élisent, pour faire un rapport qui aurait pu proposer des avancées autrement
plus concrètes parce que justement nous sommes les représentants de la
diversité des citoyens qui composent l’Europe d’aujourd’hui ?
Si ces personnes éminentes ont une
spécificité et un domaine de compétence particulier, pourquoi ne viennent-elles
pas à Strasbourg présenter ce rapport ? Pourquoi ne pas aller interroger
les Indignés madrilènes qu’ils témoignent de la difficulté du vivre ensemble
dans une société qui ne fait pas la place qu’elle mérite aux jeunes ?
Pourquoi ne pas avoir posé les véritables questions qui sont à la source du
vivre ensemble : la question du partage des responsabilités dans la crise
financière, la question de la gouvernance économique imposée par une poignée de
financiers aux Etats, la question du partage des richesses et de leur inégale
répartition de plus en plus criante ? Qui aura le courage politique de proposer
un autre référentiel ?
Pourquoi ne pas avoir mis en exergue
le fait que la gouvernance financière a aujourd’hui probablement remplacé la
gouvernance politique, la seule qui soit légitime ? Ne nous étonnons pas
qu’aujourd’hui les peuples rejettent la classe politique !
Je souhaiterais terminer sur une
note humoristique : à l’avenir, si le Conseil de l’Europe souhaite
interroger « un groupe d’éminents sages », le Groupe pour la gauche
unitaire européenne leur garantit sa pleine et entière disponibilité, et ce à
titre gratuit !
Discours
de M. Serge Sarkissian, Président de l’Arménie
M. PETRENCO (Moldova) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne. – De nombreuses manifestations de
violence ayant entraîné des morts se sont produites lors de votre élection,
Monsieur le Président. A la suite de
LE PRÉSIDENT – La parole est à M. le Président.
M. SARKISSIAN,
Président de l’Arménie – Je
suis tout à fait d’accord avec vous, sans la participation de la délégation
arménienne, les travaux de ce comité sont inutiles et impossibles. Nous ne
savons pas ce que l’Assemblée attend d’un tel comité.
L’Assemblée joue un rôle très
important pour promouvoir la paix et la stabilité dans notre région. Je suis
convaincu que si elle parvenait, dans cet hémicycle, à faire en sorte que les
délégations de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan cessent de s’adresser des
reproches, cela faciliterait la résolution du conflit. Le rapport de 2005
prévoyait des dispositions en ce sens.
C’est la raison pour laquelle le
comité avait à l’époque cessé son activité, et non pas à cause du décès de son
président, Lord Russell Johnson, comme certains le prétendent.
De quoi devrait parler ce comité
pour la résolution du conflit du Haut-Karabakh ?
Car il ne peut pas connaître les détails des pourparlers et n’a pas de mémoire
historique. Par ailleurs, il me semble que l’Assemblée n’est pas mandatée pour
résoudre ce problème. Les organisations européennes ont confié le soin de
résoudre ce conflit à l’OSCE, dans le cadre de
LE PRÉSIDENT – La parole est à M. Kox.
M. KOX (Pays-Bas) – Je crois que le Président a prévu
de répondre à la première question de M. Petrenco.
M. SARKISSIAN,
Président de l’Arménie* –
Pourriez-vous répéter votre question ?
M. PETRENCO (Moldova) – Lorsque vous avez été
élu, il régnait une grande violence dans votre pays. Dix personnes ont été
tuées. Y a-t-il eu des condamnations ?
LE PRÉSIDENT – La parole est à M. le Président.
M. SARKISSIAN,
Président de l’Arménie* –
Beaucoup de personnes ont été condamnées, dont quatre policiers. J’ai
d’ailleurs fourni des détails sur cet événement tout à l’heure, en répondant à
une question, expliquant pourquoi les enquêtes n’ont pas toutes abouti et tous
les crimes n’ont pas été élucidés.
Mercredi 22 juin 2011 à 15 heures
Discours
de M. Mladenov, Ministre des Affaires étrangères de
M. PETRENCO (Moldova) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne.
– Monsieur le ministre, franchement, je
m’attendais à ce que vous nous exposiez davantage de faits concrets relatifs à
Je souhaite vous interroger au nom
de mon groupe sur l’état des monuments dans votre pays. Certains d’entre eux,
tel le monument à l’armée soviétique situé dans le centre de Sofia, font
régulièrement l’objet d’actes de vandalisme. Ce qui s’est passé il y a trois
jours est particulièrement choquant.
Monsieur le ministre, que va faire
votre gouvernement pour protéger notre héritage et notre histoire commune ?
Comment comptez-vous protéger ces monuments des actes de vandalisme et des
destructions ?
LE PRÉSIDENT – La parole est à M. le ministre.
M. MLADENOV,
ministre des Affaires étrangères de
Bulgarie – Au nom du gouvernement bulgare, je veux dire que nous sommes
particulièrement attachés à tous les monuments qui représentent notre histoire,
sans hiérarchie. Ce qui s’est passé ces derniers jours à Sofia s’apparente à
une tentative de réinterpréter l’histoire. Dans notre société, certains
approuvent cette tentative, d’autres non.
Le gouvernement a réagi rapidement.
Nous avons réparé le monument et nous allons le protéger ainsi que tous les
autres afin qu’ils ne soient plus l’objet d’attaques d’extrémistes.
Réforme
de l’Assemblée parlementaire
M. KOX (Pays-Bas) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne. – Ce matin, le Secrétaire général a qualifié le
Conseil de l'Europe d’organisation leader avec l’Union européenne. Gandhi
aurait peut-être confirmé ces propos, mais la réalité nous enseigne autre
chose. Nos idées, nos rapports ne sont pas repris dans les médias.
Nous devons vraiment faire en sorte
que l’histoire soit inscrite en première page, c’est pourquoi, monsieur le
Président, la réforme de l’Assemblée parlementaire est nécessaire.
Nous remercions M. Mignon et la
commission ad hoc.
Quels que soient les changements
structurels que nous réaliserons, il faudra également changer les cultures. Le
Conseil de l'Europe veut garantir la paix et la prospérité en Europe dans le
respect de la démocratie, de l’Etat de droit et des droits de l’homme. Mais
cela ne peut fonctionner que si les politiques des pays européens partagent
cette idée et respectent
Si nous pouvions avoir un accord en
Europe à ce sujet, ces deux conventions deviendraient des lignes directrices et
nous aurions ainsi une Europe plus démocratique et plus sociale qu’elle ne
l’est aujourd’hui. Cela permettrait également de mettre en valeur la culture
européenne, et notre Assemblée pourrait ainsi jouer un rôle plus large dans le
domaine de la coopération européenne. Mais la réalité est relativement
différente. C’est pourquoi le Groupe pour la gauche unitaire européenne pense
qu’il existe un fossé entre
La structure du Conseil de l’Europe
et de notre Assemblée fait l’objet de changements continuels. Je crains que
cela ne nous aide pas vraiment à nous inscrire dans l’histoire. Toutefois, le
moment est venu de revoir la structure de notre Organisation ; c’est
pourquoi mon groupe soutient la plupart des propositions de la commission ad
hoc. Il n’en reste pas moins que nous demandons à l’Assemblée d’entendre les différentes
voix de notre commission qui souhaiteraient une fusion de la commission du
développement durable et de la commission des affaires sociales. A cet égard,
je demande à l’Assemblée d’accepter l’amendement qui sera présenté à ce sujet.
M. PAPADIMOULIS (Grèce) au nom de la
commission de l’environnement, de l’agriculture et des collectivités
territoriales. – J’aimerais féliciter M. Mignon et la commission ad hoc
pour l’excellent travail effectué. Je pense toutefois qu’une erreur s’est
glissée dans les propositions, qui, une fois corrigée par les amendements,
amélioreront ce travail. Cette erreur, c’est la proposition d’une mégafusion.
Les commissions qui s’occupent de l’économie, de la politique sociale et de
l’environnement ne formeraient plus qu’une commission, qui traiterait de tout,
c'est-à-dire peut-être aussi de rien !
M. Mignon a parlé, avec raison, du
besoin d’examiner la situation à la lumière du bon sens, des changements
intervenus dans le monde qui nous entoure et de l’image du Conseil de l’Europe
aux yeux des citoyens.
La question sociale est désormais au
premier plan. Nous reconnaissons tous l'importance des droits sociaux et que la
crise a accru le chômage et la pauvreté.
C’est la raison pour laquelle la
commission des questions sociales, de la santé et de la famille doit rester
autonome, comme l’ont d’ailleurs demandé l’ensemble des groupes politiques.
La commission de l’environnement,
quant à elle, ne peut pas être maintenue, et nous proposons qu’elle fusionne
avec la commission des questions économiques et du développement. Il s’agit
d’envoyer un message clair aux citoyens, quelques mois seulement après
l’accident de Fukushima : l’économie et l’environnement doivent désormais
aller de pair.
Certes, il est nécessaire de faire
des économies budgétaires, mais elles peuvent aussi provenir d’une réduction du
nombre des rapports ou de modifications techniques. Je lance donc un appel à
M. Mignon et à la commission ad hoc afin qu’ils accordent un soutien
unanime à la proposition de la commission de l’environnement. Nous ne demandons
pas que notre commission soit maintenue, mais nous souhaitons qu’un message
clair soit envoyé aux citoyens.
Les questions en matière
d’environnement seront à présent reliées aux enjeux économiques. Par ailleurs,
l’Assemblée accorde une très grande importance aux questions sociales, d’où la
nécessité absolument de préserver l’autonomie de la commission des questions
sociales.
Jeudi 23 juin 2011 à 10 heures
La
situation des droits de l’homme en Europe
Mme ANDERSEN (Norvège)
au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne. – Mon groupe
soutient le rapport. Je remercie mes collègues pour leurs déclarations.
Contrôler la mise en œuvre des
droits sociaux de
Il faut tirer les enseignements de
la crise économique. Sinon nous ne serons pas en mesure de mettre en œuvre ces
droits au niveau national. Les droits de l’homme, les droits sociaux sont des
valeurs clé du Conseil de l’Europe.
Ces sujets sont abordés à chaque
session. Cela devient un rituel. Cela ne peut continuer. Il faut vraiment faire
changer les choses dans la réalité. Nous ne cessons de réaffirmer des principes
tandis que certains pays pratiquent dans les budgets des coupes claires qui
affectent ces droits. Pourquoi ces ressources ne sont-elles pas utilisées pour
mettre en œuvre ces droits ? On ne constate pas la même volonté pour
réglementer le marché financier ! On ne donne pas aux parlements nationaux
la possibilité de mettre véritablement en œuvre ces droits.
Jeudi 23 juin 2011 à 15 heures
Les
conséquences politiques et humanitaires de la situation en Syrie et en Libye - Débat
d’actualité
M. KOX (Pays-Bas) au nom du Groupe pour
la gauche unitaire européenne.– Il est difficile
d’évaluer les conséquences humanitaires et politiques de ce qui se passe
actuellement en Syrie et en Libye, car les régimes de ces pays n’autorisent pas
les journalistes et les observateurs à pénétrer dans leurs territoires. Nous
savons cependant que des milliers de citoyens fuient la violence et cherchent
refuge dans d’autres pays. Ne serait-ce qu’aujourd’hui, des centaines de
Syriens ont traversé la frontière turque pour fuir l’armée arrivée près de Khirbet-al-Jouz. J’en profite
pour remercier les autorités turques et le Croissant-Rouge de l’aide qu’ils
apportent à ces réfugiés.
De même, des milliers de citoyens
libyens ont quitté leur pays et ont cherché refuge en Tunisie ou en Egypte. Je
salue la solidarité manifestée par les autorités et les peuples de ces deux
pays face à ce désastre humanitaire. Nous devrions inviter nos gouvernements
respectifs à aider
Grâce notamment au bon travail de la
chaîne Al Jazeera, nous savons que des dizaines de
milliers de Syriens et de Libyens ont été arrêtés et pour beaucoup d’entre eux
torturés. Nous savons qu’un grand nombre de citoyens – et parmi eux,
beaucoup de jeunes – de ces deux pays ont payé de leur vie leurs
aspirations à la démocratie.
En Libye, le Conseil de sécurité des
Nations Unies a autorisé la communauté internationale à utiliser tous les
moyens nécessaires pour protéger les populations civiles. D’où l’intervention
des forces aériennes, mais ce qui au départ était fait pour protéger les
civiles de l’aviation du colonel Kadhafi s’est transformé en une série de
frappes aériennes de l’OTAN qui tuent elles aussi des civils innocents. Ce
développement douloureux a amené
En Syrie, une intervention militaire
extérieure n’est pas envisagée. Le président Assad
accuse néanmoins la communauté internationale de mener une guerre contre son
peuple et son régime. Et il n’hésite pas à qualifier de traîtres, de criminels
ou d’espions ses propres concitoyens ! Il est clair que le régime a perdu
le contact avec la réalité et fait lui-même vivre un cauchemar aux Syriens.
Cependant, la résistance s’organise et reçoit le soutien de mouvements de
solidarité extérieurs. Dans mes contacts avec des représentants de la
résistance syrienne, j’ai vu combien ces signes de solidarité internationale
étaient importants pour eux. Notre Assemblée pourrait peut-être réfléchir à la
meilleure manière de coordonner ces signes.
Nous demandons aux régimes de Syrie
et de Libye de permettre à des observateurs internationaux et à des
journalistes d’informer le reste du monde sur ce qui se passe dans ces pays.
Nous leur demandons aussi de laisser l’aide humanitaire s’organiser pour
secourir tous ceux qui sont victimes de violences.
Monsieur le Président, en octobre,
nous discuterons à nouveau des événements survenus dans le monde arabe, à
partir d’un nouveau rapport présenté par M. Gardetto.
Dans l’intervalle, bien des choses peuvent se passer. Nous vous invitons donc,
vous, Président de l’Assemblée parlementaire, à réagir chaque fois que
nécessaire, de concert avec les représentants d’autres organisations
internationales, à toute évolution de la situation dans la région, en
particulier en Libye et en Syrie. Car plus tôt la souffrance cessera, plus vite
la démocratie pourra émerger.
Davantage
de femmes dans les instances de décision économiques et sociales
Mme MÓSESDÓTTIR (Islande)
au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne – Madame
La rapporteure
souligne que diverses mesures sont nécessaires, compte tenu de la très grande
variété de situations que l’on rencontre en Europe. Ainsi, certains pays
doivent être incités à envisager d’obliger juridiquement les grandes
entreprises à inclure un quota de 40 % de femmes au sein de leur conseil
d’administration. Mais le Groupe pour la gauche unitaire européenne insiste sur
le fait que le recours à des quotas de femmes au sein des entreprises n’a jusqu’à
présent pas permis d’assurer une répartition plus équilibrée du pouvoir.
Toutefois, pour décider s’il faut ou
non adopter des lois imposant des quotas, nous avons besoin de débattre
davantage, et nous devons nous fonder sur les résultats qu’ont permis d’obtenir
ce type de mesures, voire envisager différentes formes de quotas.
Ainsi,
En effet, après la faillite du
secteur bancaire, en 2008, nombreux sont ceux qui ont pensé que les valeurs
féminines pourraient sauver le pays d’une nouvelle crise. Une étude sur la
dimension de genre de l’effondrement bancaire a ainsi montré que le secteur
financier avait été gouverné par un petit groupe très homogène d’hommes qui se
rétribuaient sur le fondement d’évaluations subjectives. Selon cette étude, les
banquiers islandais cherchaient à satisfaire leurs intérêts mutuels, notamment
en s’attribuant les uns aux autres des emprunts invraisemblables, afin de
perpétuer ce schéma. Les femmes ne jouaient, au mieux, qu’un rôle
d’exécutantes. A ce jeu, beaucoup ont perdu.
C’est dans ce contexte que la loi
sur l’égalité a été voulue par les parlementaires des différents partis. La
crise financière en Islande a finalement servi de créneau d’opportunité pour
adopter des mesures favorables à l’égalité. Toutefois, elle a obligé même les
politiques les plus marqués à gauche à changer leur fusil d’épaule lorsqu’il
s’est agi de réduire le budget alloué par exemple au congé parental sous
l’effet des mesures d’austérité imposées par le Fonds monétaire international.
Aujourd’hui, la rémunération du congé parental est inférieure au salaire
minimum et la proportion d’hommes qui y ont recours est en chute libre. Si nous
continuons sur cette voie, si nous n’adoptons que des mesures d’égalité peu
coûteuses, nous risquons fort de perdre le soutien de l’opinion publique à la
cause de l’égalité.
Renforcement de la démocratie par l’abaissement de
la majorité électorale à 16 ans
Mme ANDERSEN (Norvège)
au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne. – Notre groupe politique
soutient ce rapport et remercie le rapporteur de son travail.
Ce sujet concerne l’un des piliers
du Conseil de l'Europe : la démocratie. Concerne-t-il les droits de
l’homme ? Je le crois. Et la gauche unitaire européenne pense qu’il est
important de limiter le nombre de personnes privées d’exercer le droit de vote.
Je n’ai entendu aucun argument
capable de me convaincre qu’une personne de 16 ans n’est pas à même de
voter. Les adultes peuvent aussi prendre des décisions absurdes et se
fourvoyer. Comme les jeunes, ils sont soumis à l’influence des uns et des
autres, notamment des extrémistes.
Peut-être que mon collègue de
Bosnie-Herzégovine a peur de voir ses enfants subir l’influence de personnes comme
moi, qui suis socialiste, mais il me semble que les jeunes sont doués de
raison, comme vous et moi. Et ce qu’ils voient aujourd’hui, ce sont des adultes
qui votent pour des courants extrémistes !
D’aucuns prétendent que les jeunes
pourraient subir des pressions de la part des enseignants. C'est possible, mais
le problème ne peut être réglé par le relèvement de l’âge de la majorité
électorale. Il faut plutôt introduire dans chaque école des leçons de
démocratie. Que les membres des partis politiques aillent à la rencontre des
jeunes, notamment sur les réseaux sociaux !
Les jeunes gens ont des
responsabilités : ils peuvent travailler, payer des impôts, prendre des
décisions et même aller en prison. Il serait donc très logique qu’ils puissent
élire la personne qui prendra les décisions politiques auxquelles ils devront
se plier.
Il a été dit que les jeunes ne
s’intéressaient pas à la vie politique. Je ne crois pas que ce soit le cas. Ils
sont très présents au sein des ONG pour traiter de questions environnementales
ou pour lutter contre les discriminations. Nous les voyons aujourd’hui dans les
rues des villes d’Afrique du Nord où leur contribution en faveur de la
démocratie est très importante.
Vendredi 24 juin 2011 à 10 heures
L’évolution de la procédure de
suivi de l’Assemblée (juin 2010-mai 2011)
M. PETRENCO (Moldova) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne. – Au nom de mon groupe je remercie le
rapporteur et tous ceux qui ont participé à la préparation de ce document
approfondi. On y trouve l’ensemble des actions et études de la commission de
suivi sur une longue période. Certains changements positifs sont notés. Le
pourcentage des femmes rapporteurs est passé à
30 %. La commission a proposé une solution sage pour la suite de ses
travaux sur les conséquences de la guerre entre
Chers collègues, la procédure de
suivi est l’une des tâches essentielles de notre Assemblée. Le rapport souligne
les principales déficiences et lacunes dans certains Etats membres. Les
élections sont gravement préoccupantes dans de nombreux pays faisant l’objet
d’une procédure de suivi.
Le code électoral a été amendé deux
mois seulement avant les élections en Moldova. Des décisions d’alliance ont été
prises à la dernière minute sans l’aval de la commission électorale centrale.
Des menaces ont été proférées. Il manque des enregistrements corrects. On note
des tentatives multiples de corrompre les électeurs. La confidentialité du vote
n’a pas été respectée. Le gouvernement a cherché à suspendre la licence de
l’unique chaîne de télévision privée pendant la campagne électorale. C’est une
liste non exhaustive.
Pour éviter qu’un tel scénario ne se
répète dans d’autres Etats membres du Conseil, nous devons être extrêmement
vigilants et réagir sans attendre chaque fois que les autorités vont trop loin
et violent les normes démocratiques et les principes de l’Etat de droit. C’est
pourquoi la procédure de suivi de certaines Etats membres reste d’une brûlante
actualité. Nous devons nous assurer que les Etats honorent leurs engagements.
Nous proposons des amendements, mais
huit sur les neuf consacrés à
Les procédures de suivi ne devraient
pas uniquement se limiter aux nouvelles démocraties. Les violations des droits
et libertés fondamentales existent partout en Europe. Le manque de démocratie
véritable, les campagnes inéquitables, les censures dans les médias, la
violation du droit d’expression et de réunion existent dans les nouvelles et
les anciennes démocraties. Nous devrions revoir certains de nos mécanismes de
suivi et les appliquer également aux pays de l’Europe de l’Ouest.
Vers une Convention-cadre
européenne relative aux droits des jeunes. La forte baisse
du taux d’emploi des jeunes : inverser la tendance (Discussion commune)
Mme ANDERSEN (Norvège)
au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne. – Mon groupe est très
préoccupé par la situation des jeunes qui sont au chômage partout en Europe. Ces
jeunes, comme nous tous, doivent être protégés par nos conventions sur les
droits sociaux. Cette approche fondée sur les droits sociaux est essentielle
pour le Conseil de l’Europe. Mais on peut aussi aborder ce problème d’une autre
manière.
Selon cette seconde approche, les
jeunes sont le principal atout de tout pays, car ils représentent un
investissement d’avenir. Je suis norvégienne. Nous avons des réserves de
pétrole et de gaz. Nous sommes, situation rare en Europe, un pays riche avec un
taux de chômage faible ; mais notre principal atout, ce sont les
ressources humaines, qui représentent 87 % de notre richesse nationale,
contre 4 % seulement pour le pétrole et le gaz. Ainsi, plus la proportion
de jeunes dans la population est faible, le vieillissement démographique
rendant les seniors majoritaires, plus nous perdons les atouts dont nous
disposons en Europe. Voilà pourquoi nous devons nous préoccuper de chacun de
nos enfants et de chacun de nos jeunes : non seulement dans leur propre
intérêt, pour protéger leurs droits sociaux, mais aussi parce qu’ils sont notre
principal atout.
Aujourd’hui, l’écart se creuse entre
les jeunes eux-mêmes : d’un côté, ceux qui bénéficient d’une bonne
formation, qui trouvent un bon emploi, qui peuvent s’intégrer dans un bon
milieu social, qui ont un avenir prometteur ; de l’autre, ceux qui ne font
pas d’études, qui sont exclus et qui vivent en quelque sorte sur une autre
planète. Cet écart est encore plus inquiétant, car nous avons besoin de
cohésion sociale.
En effet, les disparités économiques
ne sont jamais une bonne chose pour une société : les sociétés homogènes
obtiennent de meilleurs résultats dans tous les domaines, qu’il s’agisse de la
santé, de l’éducation ou des conditions de travail. L’homogénéité et la cohésion
sont donc essentielles. Dès lors, évitons ces grandes disparités sociales et
économiques.
En ce qui concerne le marché du
travail, je félicite Mme Karamanli de son
approche qui consiste à insister sur le marché du travail tel qu’il existe et
sur les besoins que nous connaissons. Il faut sauvegarder le marché de
l’emploi, les conditions de travail et les salaires des travailleurs. Dans ce
domaine, le partage juste et équitable des richesses est un mécanisme
essentiel. En Norvège, c’est l’un de ceux qui concourent le plus à l’Etat
providence.
« Vous êtes plus jeune, vous
êtes au chômage, donc votre premier emploi sera mal rémunéré » : on
ne peut pas raisonner ainsi. Ce serait pour les jeunes une expérience très
négative que d’être traité de la sorte. Voilà ce qui nous préoccupe.
Pour autant, faut-il vraiment une
nouvelle convention ? La charte des droits sociaux englobe déjà les droits
dont nous parlons. Nous ne sommes pas opposés à cette idée, nous allons y
réfléchir, mais je ne pense pas que ce soit de cela que nous avons vraiment
besoin. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une action au niveau national pour
créer des recours en matière d’éducation, de prise en charge dans le domaine de
la santé et pour remédier aux autres problèmes cités par mes collègues.
Nous avons aussi besoin d’une action
politique pour faire appliquer les règles régissant le marché du travail, pour
éviter le dumping social et afin que les jeunes ne soient pas exploités sur
notre continent. En effet, un jeune au chômage peut s’expatrier dans un pays
plus riche où il sera moins bien rémunéré et exploité. Cela n’est bon ni pour