Discours session septembre-octobre 2008

 

Discours de M. Jorge Sampaio, Haut représentant des Nations Unies pour l’Alliance des civilisations

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation). – L’aggravation éventuelle de la crise financière, qui pourrait devenir une crise économique planétaire, dont souffriraient particulièrement les plus pauvres, ne risque-t-elle pas de menacer le dialogue entre les civilisations ?

 

LE PRÉSIDENT. – La parole est à M. le Haut représentant.

 

M. SAMPAIO (Interprétation). – La crise économique entraîne évidemment une crise sociale, qui accroît les phénomènes d’exclusion et qui rend la compréhension mutuelle des différences plus difficile. On peut penser beaucoup de choses de la crise actuelle, mais ce qui est certain, c’est que le dialogue et la défense des droits économiques et sociaux demandent de la stabilité. En temps de crise, le dialogue est plus délicat, car chacun pense avant tout à sa survie.

 

Discours de M. Jorge PIZARRO, Président du Parlement latino-américain

 

M. JACOBSEN (Norvège) (Interprétation). – Dans les dernières années, une grande vague démocratique a touché tous les pays d’Amérique latine, l’un après l’autre. Comment les différentes assemblées contribuent-elle à l’instauration d’un véritable processus démocratique dans leurs pays ?

 

LE PRÉSIDENT (Interprétation). – La parole est à M. le Président du Parlement latino-américain.

 

M. PIZARRO – Dans les décennies 70 et 80, en Amérique latine les crises politiques étaient réglées par les militaires qui par la force imposaient une dictature. Maintenant elles sont résolues grâce à des solutions démocratiques, en tenant compte de la volonté souveraine des peuples. C’est, en Amérique latine, un changement profond, qui se répercute dans les constitutions. En Equateur hier, il y a eu un vote à bulletins secrets, dans des conditions où la population a été éclairée : on a compté 60 % de votants ; c’est un changement structurel profond.

Quelle responsabilité incombe aux parlementaires ?

Notre grande responsabilité, c’est l’efficacité quand nous prenons des décisions, pour relever les grands défis de nos pays. Quels sont ces défis ? La pauvreté, la discrimination sociale, ethnique ou religieuse, les manques quantitatif et qualitatif pour l’éducation pour la jeunesse. N’oublions pas que sans une bonne éducation, il n’y a pas d’égalité pour l’épanouissement des jeunes. Le fossé entre les nantis et les pauvres est si profond qu’il ne pourra être comblé sans l’éducation. Il faut que nous soyons efficaces et que nous réagissions dans l’urgence aux problèmes de nos pays. Ce n’est pas simple.

En Amérique latine très souvent, les leaders politiques ont pêché par corruption, par inefficacité, par manque de suivi, par amour du pouvoir pour le pouvoir - et non du pouvoir au service des citoyens. Les parlements peuvent jouer un rôle important pour une meilleure répartition des revenus, pour mieux orienter les sociétés et pour diriger les moyens financiers vers ceux qui en ont le plus besoin.

 

Rapport d’activités du Bureau de l’Assemblée et de la Commission permanente (Doc. 11720 Parties I et II + addenda)

 

M. MELNIKOV (Fédération de Russie) (Interprétation). – Je suis bien entendu très éprouvé par les événements qui se déroulent en Ossétie du Sud, en Géorgie et en Russie dont l’Assemblée reparlera cette semaine.

Je voudrais aujourd’hui appeler l’attention des membres de l’Assemblée sur l’appel lancé par des intellectuels cubains pour venir en aide aux sinistrés des ouragans Gustav et Ike qui ont causé, sur l’île, des dégâts pour un montant de cinq milliards de dollars. De nombreux États, des organisations intergouvernementales, des ONG ont réagi en envoyant une aide humanitaire d’urgence. Les députés du Conseil de l’Europe, organisme qui défend les droits de l’homme et les libertés individuelles, doivent à leur tour lancer un appel pour aider le peuple cubain. C’est une simple question humanitaire, sans aucune intervention politique.

L’Assemblée a discuté à plusieurs reprises du blocus économique qui continue à être imposé par les États-Unis à un État indépendant, de cette discrimination dont Cuba fait l’objet et a déjà demandé l’abrogation de la loi Helms-Burton. Le gouvernement américain s’était montré disposé à apporter une aide humanitaire à Cuba, mais non sans imposer certaines exigences. Les dirigeants cubains ont refusé cette aide, estimant qu’il n’y avait pas lieu de mendier auprès d’un pays qui leur impose, depuis cinquante ans, un blocus cruel. La plus belle aide que les États-Unis pourraient apporter à Cuba serait la suppression ou, à tout le moins, la suspension de la loi Helms-Burton. En vertu de sa tradition démocratique, l’Assemblée parlementaire devrait insister pour que les États-Unis acceptent d’atténuer les dispositions de cette loi ainsi que les sanctions économiques qui sont imposées à Cuba. L’Assemblée parlementaire apporterait ainsi son soutien moral aux Cubains et contribuerait à renforcer le prestige de toute l’Organisation. (Applaudissements)

 

Débat selon la procédure d’urgence : les conséquences de la guerre entre la Géorgie et la Russie

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation). – Au mois d’août, les relations entre la Géorgie et la Russie sont devenues apocalyptiques. Des milliers de personnes ont été terrifiées, ont perdu leurs biens, ont pris la fuite. Il faut peu pour que la vie de milliers de personnes soit ruinée.

Les politiques auraient pu être plus sages, car il s’agissait d’éviter la guerre. La Géorgie, dit-on, a lancé le pilonnage ; la Russie est ensuite intervenue militairement au prétexte de protéger ses citoyens russes et ossètes. L’argument paraît pertinent, mais, lorsque l’on voit l’horreur des événements, l’argumentaire tombe.

Les politiques rencontrés à Tbilissi et à Moscou déclarent ne pas être responsables et disent avoir agi dans l’intérêt de leur population. Quel cynisme ! La guerre est toujours la marque de l’échec des politiques, surtout lorsque les Etats sont membres du Conseil de l’Europe. Voilà pourquoi nous sommes favorables à une enquête indépendante avec la participation des parlementaires des Etats membres. Elle devra déterminer ce qui s’est passé, mais également dégager le rôle des organisations internationales, leur participation et leur responsabilité, dans la mesure où elles n’ont pu empêcher cette guerre. Je citerai également le rôle de l’Union européenne et celui des États-Unis qui ont assuré le transport d’armes vers la Géorgie.

La Russie et la Géorgie doivent trouver une solution. Parallèlement, nous devons aider les victimes de cette guerre et permettre le retour en sécurité de toutes les personnes. Il faut ensuite demander à l’ensemble des parties de restaurer pleinement la primauté du droit, de respecter le droit international, les droits de l’homme et la démocratie. (Applaudissements)

 

M. ZIUGANOV (Fédération de Russie) (Interprétation). – La guerre dont nous parlons est la cinquième dans le Caucase. Elle a été déclenchée par Saakashvili contre la Russie et a commencé par l’attaque de soldats russes de la force de maintien de la paix. Des écoles ont alors été détruites. Il ne s’agit pas seulement d’un crime : il s’agit d’un crime imprescriptible. Qui a préparé cette opération ? Trois généraux américains, qui en avaient déjà mené de semblables dans d’autres pays, et des conseillers qui ont aidé l’armée géorgienne. Pendant ce temps, l’Europe, qui a pourtant connu deux guerres mondiales, observait tranquillement ce qui se préparait.

Les Américains ont menti et ils essaient de mettre la Russie en porte-à-faux par rapport à l’Europe. Les parlementaires européens ne doivent pas tomber dans ce piège ; ils doivent considérer la réalité des faits en s’en tenant aux preuves. Les Russes souhaitent une normalisation de la situation dans le Caucase et sont favorables à une enquête juste. Les parlementaires européens doivent clairement s’ériger contre la guerre et dire à Saakasvili qu’il porte la responsabilité de l’avoir déclenchée. (Applaudissements)

 

Discours de M. Demetris CHRISTOFIAS, Président de la République de Chypre

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation). – Monsieur Christofias, vous êtes un homme courageux. Quand vous dites que vous ne pouvez vous payer le luxe d’un échec dans vos tentatives de réunification, vous le démontrez.

Dites-nous, ce que nous pourrions faire en tant que parlementaires du Conseil de l’Europe pour vous aider à avancer sur la voie de la réunification de Chypre, ce que nous ne devons pas faire, ce qui serait maladroit de notre part et vous mettrait des bâtons dans les roues.

 

LE PRÉSIDENT. – La parole est à M. le Président de la République de Chypre.

 

M. CHRISTOFIAS (Interprétation). – Sur la base des principes du Conseil de l’Europe, dans le respect de la Convention européenne des droits de l’homme et des principes des Nations Unies et du droit international, si pour préserver divers intérêts et en contradiction avec ces principes, certains pensaient jouer plutôt le jeu de certaines entités, ce serait tout à fait contre-productif.

Je tiens absolument à ce que l’île soit réunifiée, mais je n’accepterai jamais qu’il y ait deux Etats à Chypre. Je demande que l’on suive les principes. M. Talat doit comprendre qu’il existe des principes de base de droit international et des valeurs de l’Europe unie que nous devons tous respecter, lui comme moi. C’est ainsi que nous pourrons ouvrir un nouveau chapitre pour l’île de Chypre.

 

Discours de M. Haris SILAJDZIC, Président de la Présidence de Bosnie-Herzégovine

 

M. JACOBSEN (Norvège) (Interprétation). – Les accords de Dayton étaient utiles pour faire cesser la guerre mais, fondés sur un compromis ethnique, ils n’ont pas permis d’améliorer l’efficacité de la prise de décisions. Selon vous, quelle forme devrait revêtir un nouveau texte capable de renforcer les structures étatiques ?

 

LE PRÉSIDENT. – La parole est à M. le Président de la présidence de Bosnie-Herzégovine.

 

M. SILAJDZIČ (Interprétation). – Si je n’ai jamais été partisan d’un État centralisé à l’excès, je considère néanmoins que nous devons renforcer nos institutions, lesquelles sont actuellement en Bosnie-Herzégovine une structure inefficace. La Bosnie-Herzégovine doit être structurée par des régions économiques, conformément à un modèle très répandu en Europe plutôt que sur des lignes de partages ethniques. Elle doit être refondée sur des critères économiques.

Le système actuel nous empêche de prendre des décisions importantes sur des sujets essentiels, notamment en matière économique. Vous le savez, la Bosnie-Herzégovine est un pays riche en ressources humaines et en ressources naturelles. A une période où la demande énergétique est très importante, l’énergie électrique que nous produisons est potentiellement exportable à 63 %. Nous pourrions contribuer au bien-être de l’Europe, mais nous n’utilisons pas cette possibilité faute de capacités de planification et de volonté politique. Il en va de même pour d’autres secteurs d’activité, comme les infrastructures.

Sans vouloir restreindre le droit de chacun à affirmer son origine – croate, serbe, ou bosniaque –, et ses intérêts vitaux, la meilleure solution consisterait à structurer la Bosnie-Herzégovine en zones économiques. Établir des relations entre ces régions et les régions voisines et avec l’ensemble de l’Europe donnerait un nouvel élan à notre économie. Je suis persuadé que ce point de vue est partagé par un grand nombre de citoyens de mon pays.

 

Respect des obligations et des engagements de la Bosnie-Herzégovine

 

M. JACOBSEN (Norvège) (Interprétation). – Le Groupe de la gauche unie européenne se félicite du fait que le rapport insiste sur la nécessité d’une réforme institutionnelle profonde en Bosnie - Herzégovine. La rhétorique nationaliste gagne du terrain, ce qui ne laisse augurer rien de bon pour l’avenir de la Bosnie-Herzégovine.

Nous sommes à une époque où tout le monde en Bosnie-Herzégovine doit tenir compte du fait qu’il faut véritablement chercher ce qui peut unir la Bosnie-Herzégovine. Seule une réforme constitutionnelle permettra de faire en sorte que le pays puisse faire face aux difficultés économiques et rectifier le tir en matière politique et administrative.

Les réformes sont nécessaires pour l’État lui-même et pour réduire progressivement la présence internationale en Bosnie-Herzégovine. Il faudra ensuite que la Bosnie-Herzégovine soit dirigée par ses propres citoyens, que les minorités évitent de bloquer ces nouvelles réformes et qu’elles perçoivent bien qu’elles ont elles-mêmes tout à gagner à ce processus.

La Bosnie-Herzégovine demande de l’aide. Aidons ce pays à mettre en place ses nouvelles réformes ! (Applaudissements)

 

Situation à Chypre

 

M. LAAKSO (Finlande) (Interprétation). – Monsieur le président, notre rapporteur parlait, très justement, de la nouvelle situation politique à Chypre. Encore eût-il fallu expliquer en quoi la situation est inédite. Deux représentants politiques incarnent cette nouveauté et, parfois, la personnalité des acteurs joue un rôle important dans l’histoire. En tout cas, pour la première fois depuis longtemps, on entrevoit la possibilité d’avancer grâce à ces deux personnalités. Nous savons que le Président Christofias s’est consacré toute sa vie à la réunification de sa république. Il a fait un excellent discours devant nous, dans lequel il a répété ce qu’il avait déjà proposé à la communauté internationale à l’Onu la semaine dernière. M. Talat est aussi connu pour son attitude constructive.

Je dois avouer avoir été un peu déçu par l’intervention de M. Hörster. Je pensais qu’il allait réagir dès ce matin aux initiatives proposées hier par le Président Christofias. J’espère, que, très rapidement, il pourra reprendre ces bonnes propositions.

La situation est nouvelle à Chypre, parce qu’il y a désormais une volonté réelle de trouver un règlement et de mettre un terme à la partition de l’île, qui dure depuis 1974, et à l’occupation de la partie nord de l’île. Puis, il y a aussi une nouvelle situation en Turquie. Nous savons que de nombreux milieux turcs sont hostiles à la réunification de Chypre. Il existe notamment dans l’armée turque de très fortes réserves à cet égard. Les dirigeants turcs doivent se montrer courageux dans cette affaire, comme ils l’ont été, par exemple, vis-à-vis de l’Arménie.

La Turquie doit jouer un rôle constructif dans les négociations en cours, mais, bien sûr, c’est aux Chypriotes eux-mêmes de trouver la solution. Je ne crois pas que la communauté internationale ait à participer activement aux négociations. Bien entendu, tout doit s’inscrire dans le cadre des résolutions de Conseil de sécurité de l’Onu mais, en dernier ressort, c’est aux Chypriotes qu’il appartiendra de s’entendre. (Applaudissements)

 

L’OCDE et l’économie mondiale (Doc. 11687)

 

M. ELZINGA (Pays-Bas) (Interprétation). – Lorsque j’ai lu le premier projet de rapport rédigé au mois de juillet, j’ai eu le sentiment qu’il remontait à des siècles. Manifestement on ne s’était pas penché sur le caractère précaire de notre système financier, devenu depuis douloureusement évident. En commission nous en avons discuté d’où ce rapport nettement plus à jour.

Que faut-il penser des grandes séries de nationalisation aux États-Unis ? Les dirigeants du monde et les commentateurs des journaux ont parlé de la fin du consensus de Washington, de la fin de l’idéologie néolibérale, de l’échec de la haute finance et même de l’effondrement du capitalisme des actionnaires. Est-ce que M. Gurría est d’accord pour reconnaître que le système est en crise ?

Il est temps que les politiciens socialistes arrêtent de se vanter d’avoir eu raison avant les autres. C’est le moment de trouver des solutions à une crise systémique. Les banquiers et les riches ont profité du système mais les retraités, les contribuables vont payer la facture.

Les bonus versés aux dirigeants sont inacceptables. Il faut s’occuper de la valeur  des actions. Le moment est venu de trouver un bon équilibre entre les objectifs du marché et ceux des individus. Peut-être faut-il un New Deal ou un nouveau Bretton Woods ? Il faut des marchés financiers qui s’autorégulent pour que cela ne se reproduise plus. Il est important que l’on renfloue le système financier, mais aussi que l’on retrouve le contrôle démocratique sur ce secteur.

Les pertes des banques ne doivent pas entraîner des pertes pour les contribuables et les épargnants. Les marchés financiers doivent être réformés. Il est temps que les gouvernements prennent leurs responsabilités. J’espère que l’OCDE avancera de nouvelles recommandations compte tenu des ajustements structurels nécessaires. Je serai heureux d’entendre le point de vue de M. Gurría.

Ma dernière remarque a trait aux lignes directrices de l’OCDE pour les entreprises multinationales. M. Gurría est-il d’accord si l’on affirme que les banques de Wall Street ont montré très clairement qu’elles n’avaient pas le sens des responsabilités en matière sociale ? (Applaudissements)

 

Réexamen des pouvoirs déjà ratifiés de la délégation russe pour des raisons substantielles

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation). − Le Groupe GUE soutient le rapport, le projet de résolution ainsi que le travail réalisé par les rapporteurs si rapidement et sous tant de pression. Les amendements déposés par la commission du Règlement ne posent aucun problème. Il n’en va pas de même pour les autres amendements présentés.

Je ne reviendrai pas sur le conflit dont nous traiterons demain. La commission ad hoc souhaitait qu’il ne soit pas traité des pouvoirs de façon déséquilibrée comme l’a indiqué le président Eörsi à la délégation russe. On pensait pouvoir retirer cette demande de réexamen des pouvoirs si la délégation russe ne contestait pas les pouvoirs de la délégation géorgienne, mais cette procédure s’est révélée formellement impossible et il conviendrait sans doute de revoir le Règlement à cet égard. Ce débat ne résulte donc que de l’impossibilité formelle d’annuler la demande.

En fait, les signataires auraient plutôt dû demander un débat de fond. On peut d’ailleurs s’interroger sur le bien fondé de la signature du co-rapporteur et du président de la commission des questions politiques, par ailleurs membres de la commission ad hoc.

La politique ressemble souvent à un jeu mais, ici, trop de choses sont mises en jeu. C’est demain qu’il faudra examiner les amendements. (Applaudissements)

 

Débat selon la procédure d’urgence : Les conséquences de la guerre entre la Géorgie et la Russie

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation). – Le Groupe de la Gauche unie européenne appuie le projet de résolution et de recommandation de la commission de suivi, même si elle aurait dû être un peu plus objective dans ses conclusions. Premièrement, la Géorgie a engagé cette guerre ; deuxièmement, la Russie a réagi de façon disproportionnée ; troisièmement, il y a des violations des droits de l’homme.

Ni la Géorgie, ni la Russie, ni l’Ossétie du Sud n’ont recherché de solutions pacifiques. On a assisté à des violations des droits de l’homme et du droit international entre deux pays membres du Conseil de l’Europe. Il faut donc engager une enquête internationale replaçant les faits dans leur contexte afin de trouver la vérité, essentielle à la réconciliation. Pour cela, il faut la coopération de la Russie et de la Géorgie ainsi que d’autres pays, en particulier certains membres de l’Otan qui ont armé la Géorgie. Les États-Unis ont entraîné l’armée géorgienne, la préparant pour cette guerre horrible.

Il faut restaurer l’ordre dans la zone de guerre, garantir les droits de l’homme pour les personnes vivant dans la zone tampon et mettre sur pied une enquête internationale.

J’appuie la proposition de créer un système d’alerte précoce en Europe. Nous vivons des temps dangereux et nous devons établir de nouvelles règles pour la sécurité internationale au lieu de continuer à vivre sur le modèle de la guerre froide.

La Russie et la Géorgie sont membres du Conseil de l’Europe, nous ne pouvons accepter un conflit entre eux. Je leur demande instamment de tout faire pour restaurer leur crédibilité au lieu de nier leurs responsabilités respectives. Je vous en supplie, chers collègues, trouvez la voie de la coopération, abandonnez celle de la confrontation ! Le XXIe siècle ne sera pas le siècle de ceux qui font la guerre, mais celui de ceux qui cherchent la réconciliation. ((Applaudissements.)

 

M. MELNIKOV (Fédération de Russie) (Interprétation). – Monsieur le président, chers collègues, l’agression de la Géorgie contre l’Ossétie du Sud ne doit rien au hasard. Les parlementaires russes l’avaient annoncée à maintes reprises. Ils vous avaient prévenus. Ils avaient envoyé ici même à l’Assemblée parlementaire des avertissements en disant que l’on entendait à Tbilissi des déclarations belliqueuses et parfois ouvertement agressives, que la Géorgie était prête à prendre des mesures vigoureuses pour régler de manière unilatérale les conflits entre la Géorgie et l’Ossétie du Sud, entre la Géorgie et l’Abkhazie.

Pouvait-il en être autrement alors que, depuis quatre ans la Géorgie, avec l’aide des  États-Unis, était devenu l’un des État le plus militarisé de la région ? Le budget militaire du pays sous la présidence de M. Saakashvili a littéralement explosé ?

Notre collègue allemand, M. Cohn Bendit, avait raison lorsque, lors d’une session récente du Parlement européen, il a indiqué que les autorités géorgiennes avaient violé les accords passés avec Bruxelles et consacreraient à leurs besoins militaires 40% des ressources financières allouées par l’Union européenne.

Je rappelle aussi l’appel lancé par le représentant de la gauche unie européenne, M. Wurtz, qui a insisté sur le fait que, avant de verser une nouvelle aide financière à la Géorgie, l’Union européenne devait exiger de Tbilissi la signature d’un traité de paix.

C’est pourquoi je ne peux comprendre l’aveuglement délibéré de certains collègues. Les Abkhazes, les Ossètes, les Grecs, les Juifs se souviennent bien des appels lancés par le premier Président de la Géorgie indépendante, M. Gamsakhourdia qui disaient : « La Géorgie aux Géorgiens ! » « Nous allons balayer hors de la Géorgie tous ces déchets ! » N’est-ce pas la référence à un véritable génocide ethnique ?

Je m’interroge sur la logique curieuse de ceux qui critiquent la Russie pour l’aide qu’elle a apportée à l’Ossétie du Sud. Si la Russie n’était pas intervenue, qu’auraient pensé de ces meurtres à Tskhinvali les habitants d’Ossétie du Nord ? Qu’auraient pensé les habitants des Républiques musulmanes de Russie des événements en Abkhazie ?

Récemment s’est déroulée à Tel Aviv une réunion du Congrès mondial des communautés juives russophones. Un groupe de travail s’est rendu en Ossétie du Sud. On souligne dans les conclusions du rapport qu’assez de preuves sont réunies concernant des crimes de guerre commis par l’armée régulière de la Géorgie à l’encontre des populations civiles. Je cite : « Le meurtre délibéré de civils avec une cruauté particulière pour faire place nette et s’emparer de territoires ne saurait demeurer impuni ».

Nous devrions nous accorder sur cette évaluation. (Applaudissements)

 

M. MARMAZOV (Ukraine) (Interprétation). – Mes chers collègues, je vais poser une question : imaginez qu’un État américain, une province d’Espagne ou du Québec veuillent être membres d’un État fédéral et que, du jour au lendemain, on ait attaqué et détruit la capitale comme ce fut le cas à Tskinvali. Quelle aurait été l’attitude des États-Unis, de la France et des autres pays si, à l’instigation du chef d’un État voisin, des centaines de personnes se voyaient attaquer à l’artillerie avec des bombes à sous-munitions ?

Devait-on encourager, naguère, l’attaque contre la Serbie, puis le Président Saakachvili dans ses actions ? Pourquoi ne peut-on accepter que la Russie vienne en aide à l’Ossétie du sud ? Ce qui a été permis aux États-Unis, à l’Union européenne dans le cas de la Serbie ne serait pas permis à la Russie ? Comment pouvons-nous créer une Europe qui soit une Europe de valeurs communes et de civilisations communes ? Catherine II a dit que la Russie n’était pas un pays, mais un univers. J’ajoute qu’il faut apprendre à la respecter comme il faut respecter la civilisation occidentale et euro-atlantique. Il faut reconnaître son droit à l’autodéfense quand ses citoyens sont attaqués.

Il n’y a pas de fondement international du droit dans le monde qui préside à la solution de conflits transfrontaliers. Avant, il était possible d’user de l’autorité des Nations Unies, mais la politique de cette organisation et de ses amis occidentaux a rendu caduc ce fondement de droit, ce qui donne une base aux espérances des mouvements séparatistes de par le monde. Voilà pourquoi le Conseil de l’Europe doit avoir le courage de reconnaître les erreurs qu’il a commises.

L’Europe doit revenir à la question de la justification de la reconnaissance de la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo. Ce n’est qu’ensuite que nous pourrons fonder plus efficacement et justifier nos actions lorsqu’il s’agit de prévenir les intérêts interethniques. (Applaudissements)

 

M. LOTMAN (Estonie) (Interprétation). – Il est clair que la Russie fut l’agresseur en envahissant son voisin. Après l’affaire de la Tchétchénie, la Russie n’a pas vocation à se poser en sauveur du droit international. Le plan de paix et le projet de résolution qui nous sont soumis doivent être pleinement mis en œuvre, mais cela ne peut être qu’un premier pas.

Le pas suivant consiste à modifier la composition des forces de paix. La Russie, qui a été en guerre contre la Géorgie, n’est plus crédible en tant qu’armée de maintien de la paix. C’est pourquoi l’armée russe doit quitter le territoire de la Géorgie. La communauté internationale doit mettre en place une nouvelle force de maintien de la paix qui soit véritablement neutre et en mesure de garantir le respect des droits de l’homme partout en Géorgie, y compris dans les régions rebelles.

Ce serait une première base pour l’établissement de la paix future qui reste un objectif lointain. Celui-ci ne pourra être atteint que grâce à la négociation entre les autorités de la Géorgie et les représentants des peuples abkhazes et ossètes, sans intervention de tierce partie. C’est aux Géorgiens, aux Abkhazes et aux Ossètes de décider de leur avenir. (Applaudissements)

 

Discours de M. Fredrik REINFELDT, Premier ministre de la Suède

 

M. KOX (Pays-Bas) (Interprétation). – Le gouvernement suédois a décidé de ne pas envoyer devant l’Assemblée à la présente session M. Carl Bildt, attendu à Moscou. Que faut-il en penser ?

Ma deuxième question porte sur le cas d’Ahmed Agiza et Mohammed Al-zari qui ont été victimes de transfèrements. Pouvez-vous nous dire, vous qui représentez un pays respectueux des droits de l’homme, ce qui leur est arrivé ?

 

LE PRÉSIDENT. – La parole est à M. le Premier ministre de la Suède.

 

M. REINFELDT (Interprétation). – Je réponds tout d’abord à votre deuxième question.

Il y a quelques semaines, la justice a décidé que 3 millions de couronnes devaient être versés à titre de dommages, mais, pour l’instant, rien n’a été décidé.

Je peux par ailleurs vous assurer que notre ministre des Affaires étrangères, M. Bildt, prend très au sérieux le travail du Comité des Ministres. Mon gouvernement a dressé une liste de priorités à la suite du sommet de Varsovie et nous escomptons des résultats concrets. En sa qualité de Président du Comité des Ministres, M. Bildt a contribué au succès de votre session de juin et a eu de nombreux échanges avec l’Assemblée. Il a par ailleurs réagi aux événements survenus entre la Géorgie et la Russie en insistant sur la nécessité d’un cessez-le-feu et d’un règlement pacifique du conflit. Il a préconisé des mesures humanitaires et s’est rendu à Moscou. Il a pris en outre l’initiative de réunions informelles telles que celle de New York, qui ont permis d’informer les États membres et de faire le point.

Néanmoins en tant que ministre des Affaires étrangères de la Suède, M. Bildt a d’autres obligations de haut niveau qui l’ont empêché d’être parmi vous pour cette session. Un rapport intégral vous a néanmoins été présenté et d’autres ministres sont venus.

 

Débat selon la procédure d’urgence : Les conséquences de la guerre entre la Géorgie et la Russie (suite)

 

Mme KONEČNÁ (République Tchèque) (Interprétation). – En tant que représentante de la République tchèque, permettez-moi de m’inscrire en faux contre la comparaison faite fréquemment entre la situation actuelle en Géorgie et celle du 21 août 1968, date à laquelle les troupes des pays membres du Pacte de Varsovie ont envahi notre République. Je trouve que cette comparaison est un affront fait à l’héritage du Printemps de Prague. La République tchèque en 1968 n’a attaqué personne, n’a envahi aucune province séparatiste ni aucun territoire. Par ailleurs, le sort des représentants de notre pays, dénué de toute tendance nationaliste, était nettement moins enviable que celui des dirigeants actuels de la Géorgie.

Afin d’éviter ce type de malentendus, le Parti communiste de Bohème Moravie dont je suis membre propose une enquête internationale indépendante pour examiner la question de savoir quelles ont été les causes du conflit, et ce, depuis le début de cette stratégie dans le Caucase. Il nous faut citer nommément les politiques qui ont choisi de faire coïncider l’inauguration des Jeux olympiques avec des meurtres sanglants, plutôt que de rechercher des coupables parmi les États ou les nations.

Et n’oublions pas tous ceux qui ont contribué à ces différends dans le Caucase. En 2005 et à plusieurs reprises au cours de l’année dernière, j’ai, à titre personnel, interpelé le Premier ministre tchèque pour le mettre en garde contre tout envoi d’armes et de munitions vers la Géorgie. À mon sens, l’Assemblée doit adopter l’attitude suivante : les politiques doivent toujours et encore dire leur attachement aux valeurs de la démocratie et à la tradition européenne. Cela étant, s’ils choisissent de résoudre le conflit entre la Géorgie, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie par des moyens militaires, ils n’ont rien à faire parmi nous. Nous sommes différents.

Je comprends bien la souffrance des Géorgiens meurtris par les intentions séparatistes des Ossètes et des Abkhazes, mais ce sont les politiciens qui n’ont pas été capables de trouver une solution civilisée à ces litiges qu’il faut critiquer. Ce sont eux qui ont agi à la hâte au lieu d’essayer de trouver une solution à ces différends de longue date sans tenir compte des tragédies qu’ils ont causées par leurs actions violentes. Ce sont eux qui ont déclenché cette avalanche d’activité séparatiste en encourageant les Albanais du Kosovo à se séparer de la Serbie. Et ce sont eux qui, violant le droit international, ont reconnu l’indépendance du Kosovo à titre unilatéral !

Notre Assemblée ne peut fonder ses décisions exclusivement sur les informations fournies par les médias, informations entachées de parti pris et chargées d’émotions dans la plupart des pays. C’est le plan élaboré par les présidents Sarkozy et Medvedev qui permettra de parvenir à une solution et à calmer les esprits. Ce plan invite renoncer à la violence et prône une solution négociée. Telles sont les idées les plus importantes que comprend ce plan. C’est la raison pour laquelle il faut que nous l’appuyons. (Applaudissements)

 

Proposition d’une détention « pré-inculpation » de 42 jours au Royaume-Uni

 

M. JACOBSEN (Norvège) (Interprétation). – Il ne fait point de doute que le terrorisme engendre la peur parmi les êtres. Après les attentats à la bombe au Royaume-Uni, tout le monde a hésité à aller à Londres.

Chacun, au sein du Conseil de l’Europe, s’accorde à dire que nous devons protéger les gens contre le terrorisme. Nous faisons ce que nous pouvons pour éviter des actes de terrorisme. Bien évidemment, le Groupe GUE appuie pleinement l’avis de la commission et du rapporteur sur la proposition de détention pré-inculpation de 42 jours au Royaume-Uni mais nous nous posons la question de savoir si c’est une façon efficace de combattre le terrorisme ou si, bien au contraire, cela peut engendrer l’injustice qui, elle, nourrit le terrorisme.

Nous avons débattu ici des propositions et des moyens en vue d’éviter le terrorisme. Limiter par la loi les droits de l’homme n’a jamais été une bonne idée. De manière ironique, on pourrait aussi se demander si la police britannique est tellement mauvaise qu’il lui faut 42 jours pour enquêter avant de parvenir à présenter au juge des preuves sur des actions illégales.

Au Royaume-Uni, berceau du parlementarisme, on veut aujourd’hui introduire une confusion entre le Parlement et les tribunaux. A mon sens, c’est la division des pouvoirs en démocratie qui est en cause.

Lors d’une audition de la commission de la défense du Congrès américain ont été exposées les méthodes de torture en vigueur à Guantanamo et dans d’autres camps de prisonniers. Bien que cela n’ait pas de lien direct avec la nouvelle législation envisagée au Royaume-Uni, cela montre que l’application de telles méthodes a été possible en pleine connaissance de cause et sans conseils juridiques de la part des responsables politiques.

Notre Groupe soutient pleinement l’idée que le Gouvernement britannique attende le rapport de la Commission de Venise pour promulguer le projet de législation, comme proposé dans l’amendement n° 1. (Applaudissements)