Discours session de janvier 2011
Lundi 24
janvier 2011, 11h30 – 13h00
Rapport d’activité du Bureau et de
M. PETRENCO (Moldova),
au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne.– La situation en Moldova
fait de nouveau l’objet d’un débat. Il portera cette fois sur les élections
législatives anticipées de novembre 2010. Au nom du Groupe pour la gauche
unitaire européenne, je tiens à remercier la délégation de l’Assemblée
parlementaire et, plus largement, tous les membres de l’Assemblée qui ont
observé avec impartialité le processus électoral, d’autant que ces élections
ont été les plus antidémocratiques et les plus cyniques qui aient eu lieu
depuis la fin de la démocratie en Moldova.
L’alliance au pouvoir s’est donné
beaucoup de mal durant les mois précédant les élections : elle a, contrairement
aux recommandations et sans demander l’avis des experts de
Non contentes d’avoir modifié le
code électoral, les autorités ont essayé de prévenir le vote des opposants, si
bien qu’un grand nombre d’électeurs se sont exprimés dans le cadre des listes
supplémentaires. Les autorités ont également abusé des recours administratifs
et utilisé la télévison publique à l’encontre des opposants. Toutefois, en
dépit des persécutions politiques, le Parti communiste d’opposition a remporté
42 des 102 sièges à pourvoir.
La crise politique en Moldova n’est
pas terminée. Le régime oligarchique et non-démocratique reste au pouvoir, les
oligarques se considérant comme les propriétaires du régime au sein d’une
alliance à peine renouvelée qui a permis de reconduire les mêmes.
Les propositions de l’opposition ne
sont absolument pas prises en considération : un seul homme prend en otage
toutes les aspirations des citoyens moldaves. Du reste, l’élection à la tête du
pays d’une personne qui ne serait pas affiliée à l’alliance au pouvoir n’est
même pas envisageable. On n’accepte de parler à l’opposition qu’en position de
force, ce qui est inacceptable.
Si la volonté de la moitié de la population
continue d’être négligée, les prochaines élections législatives seront pleines
de dangers.
S’agissant de l’Azebaïdjan, il est
très important d’ouvrir au sein de l’Assemblée parlementaire un débat
approfondi sur le rôle des différentes missions d’observation et sur leur
interaction, notamment avec le Bureau des institutions démocratiques et des
droits de l'homme pour déterminer la place que celui-ci doit occuper comme
observateur.
Lundi 24 janvier 2011, 15h00 – 17h00
Communication
du Comité des Ministres
Mme KANELLI (Grèce), nom
du Groupe pour la gauche unitaire européenne. – Selon le code pénal de votre
pays, Monsieur le président du Comité des Ministres, l’on peut être détenu
pendant dix ans sans procès. Quarante-quatre journalistes et écrivains sont
ainsi en prison en Turquie en raison de ce qu’ils pensent ou écrivent.
En outre, vous avez menacé le Liban
au motif qu’il entend jouer son rôle dans la zone économique exclusive.
Comment expliquez-vous que le code
pénal permette de garder quelqu’un en prison pendant dix ans sans procès ?
M. DAVUTOĞLU, Président du Comité des Ministres – Je crois que vous mélangez le Liban et autre chose.
Je suis disposé à écouter vos
critiques, encore faut-il examiner le détail de chaque situation. Le code
pénal, auquel vous faites référence, dispose clairement que la durée de la
garde à vue ne saurait excéder quatre jours. S’agissant des personnes que vous
évoquez, il peut y avoir un malentendu : elles n’ont pas été emprisonnées
pour leurs dits et écrits, mais pour d’autres raisons, pour avoir commis des actions
contre les autorités civiles de notre pays. Nous attendons, pour notre part,
que
Aujourd’hui, en Turquie, personne
n’est en prison pour ses opinions politiques ou son expression. Lisez la presse
turque de ce jour : elle comporte des centaines d’articles critiques à
l’égard du gouvernement et de la justice. En revanche, si leurs auteurs mènent
d’autres activités, cela peut effectivement poser problème, et un journaliste
ne saurait être traité différemment.
Nous sommes tout à fait disposés à
entendre vos critiques mais le code pénal turc est aujourd’hui conforme aux
normes européennes. En outre, nous consultons l’Union européenne pour chacune
de nos réformes. Nous réformons d’ailleurs le code pénal en tenant compte du
processus européen.
Le Liban est un autre sujet.
J’espère que vous pourrez un jour demander à Beyrouth le rôle joué par
Communication de M. Thorbjørn
Jagland, Secrétaire Général du Conseil de l’Europe
M. LAAKSO (Finlande), question au nom du
groupe pour la gauche unitaire européenne. – Monsieur le Secrétaire
Général, vous parliez du groupe piloté par M. Fischer. Vous dites qu’il s’agit
de planifier et pas de réagir, et qu’il faut définir le périmètre d’action
politique général.
Pourriez-vous préciser pourquoi
avoir désigné M. Fischer à la tête de ce groupe, car il était en charge des
affaires étrangères et l’on n’avait jamais vu qu’il s’intéressât beaucoup au
Conseil de l’Europe ? Malheureusement, d’ailleurs !
M. JAGLAND, Secrétaire Général – Pourquoi se
plaindre ? On a réussi à mobiliser des personnalités de haut vol, qui
couvrent toute la scène politique en Europe. Pourquoi s’en plaindre ?
C’est tout à fait bon pour l’Europe. Cela devrait l’être, en tout cas !
M. Fischer a déployé un maximum
d’efforts au sein de ce groupe. Il s’intéresse beaucoup à l’affaire. C’est
vraiment un atout pour le Conseil de l’Europe que d’avoir M. Fischer au sein de
ce groupe. Je ne sais s’il s’intéressait au Conseil de l’Europe auparavant.
Peut-être était-ce dû au Conseil de l’Europe lui-même s’il ne s’y intéressait
pas à l’époque ! Qui sait ?
Mardi 25
janvier 2011, 10h00 – 13h00
Traitement inhumain de personnes et trafic illicite
d’organes humains au Kosovo
M. KOX (Pays-Bas), au nom du Groupe
pour la gauche unitaire européenne. – Nous ne sommes pas ici dans un
tribunal, nous ne sommes pas des juges et M. Marty n’est pas notre procureur
général. Il est l’un de nos meilleurs rapporteurs et il est à l’avant-poste du
travail de l’Assemblée. Il a fait la preuve de ses qualités lorsqu’il a enquêté,
entre autres, sur les centres de détention secrets. Une fois de plus, avec ce
rapport, il nous montre l’étendue de ses qualités.
Nous ne devons pas oublier que M.
Marty a été chargé par l’Assemblée elle-même en 2008 de travailler sur le
traitement inhumain de personnes et le trafic illicite d’organes humains au
Kosovo. Les allégations de Mme Carla Del Ponte, ex-procureure en
chef du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, sur les trafics
d’organes de personnes capturées par l’armée de libération du Kosovo à la fin
du conflit, nous ont plongés dans la stupeur. De tels faits étaient-ils
possibles ? Que devions-nous faire ? M. Marty a été chargé de
répondre à cette question et il s’est acquitté de sa mission de manière
extrêmement digne, professionnelle et impartiale.
L’une des principales conclusions de
son rapport est que bien souvent l’on divise en deux groupes les protagonistes
d’un conflit violent : les victimes et les criminels, les gagnants et les
perdants. Tel a été le cas au Kosovo, comme en Bosnie et en Géorgie. Le
rapporteur souligne à juste titre que la réalité est toujours plus complexe et
que ces divisions manichéennes conduisent à l’injustice.
Autre conclusion de ce rapport, en
Europe comme aux Etats-Unis, de nombreuses institutions d’Etat, notamment les
services de renseignement, savaient ce qui se passait, mais n’ont rien fait.
Ces crimes ont eu de nombreux complices. C’est choquant et nous devons tous, en
tant que responsables politiques, nous sentir interpellés. Nos gouvernements
sont aujourd’hui dans l’obligation de faire face à leurs responsabilités.
La plupart des Etats membres
appartiennent à l’OTAN. Le premier ministre actuel du Kosovo est considéré
comme l’un des principaux instigateurs de ces faits intolérables. C’est
pourquoi mon groupe soutient l’ensemble des propositions du rapport de M.
Marty. Nous demandons notamment que des moyens suffisants soient attribués à
EULEX, la mission de l’Union européenne au Kosovo, afin que les enquêtes soient
menées à terme et que les criminels soient jugés devant la justice, pas
seulement les simples exécutants mais l’ensemble des responsables politiques
concernés. Pour cela, l’appui politique des gouvernements est indispensable,
ainsi que la protection des témoins.
Je conclurai en soulignant que M.
Berisha doit intervenir prochainement dans cet hémicycle. Il est scandaleux que
notre rapporteur ait été qualifié de « raciste anti-albanais ». Nous
attendons du Premier ministre de l’Albanie qu’il lui présente officiellement
des excuses.
Mme KONEČNÁ (République
tchèque) – Plus de dix ans après les bombardements en
Yougoslavie, je note avec satisfaction que l’on nous présente des
recommandations et des analyses honnêtes qui abordent les vrais problèmes et
cherchent les moyens de les résoudre.
Je ne peux m’empêcher de rappeler
que, dès 2008, j’avais demandé au Conseil de l’Europe de déployer rapidement
des observateurs au Kosovo. En tant que parlementaire tchèque, j’avais demandé
en 2008 – alors que
Le rapport et le projet de
résolution sur le traitement horrible réservé aux personnes emprisonnées par
l’armée de libération représente donc un pas en avant.
J’appuie la résolution, à une
réserve près. Le texte indique qu’une fois que les organisations
internationales ont pris le contrôle du Kosovo, leur objectif a été la
stabilité à tout prix. Cette approche pragmatique n’a pas permis d’ouvrir une
enquête sur le traitement des prisonniers et le rapport indique que les
comportements criminels se sont poursuivis pendant quelque temps encore.
Je vous propose par conséquent
d’inclure dans le projet de résolution une demande à l’OTAN pour qu’elle mène
une enquête afin de déterminer si les forces d’occupation sont responsables de
cet oubli, voire de la poursuite de traitements inhumains de la part de l’armée
de libération du Kosovo à l’encontre de ses prisonniers.
L’approche de l’OTAN discrédite les
organisations internationales et a gravement compliqué la situation au Kosovo
et dans les Balkans en général.
Discours de M. Abdullah Gül, Président de
M. HUNKO (Allemagne), au nom du Groupe
pour la gauche unitaire européenne – Monsieur le Président, M.
Hammarberg, le Commissaire aux droits de l’homme, a parlé de la résolution du
conflit kurde comme une des tâches centrales en matière de droits de l’homme en
Europe.
J’ai fait partie, en octobre, d’une
délégation allemande qui s’est rendue dans votre pays pour suivre le procès de
151 leaders de la société civile kurde, élus, avocats, syndicalistes,
défenseurs des droits humains, intellectuels, journalistes et fonctionnaires à
Diyarbakir.
Ma question est la suivante :
pourquoi des dizaines de membres d’un parti politique légal se retrouvent-ils
en détention provisoire pour certains, depuis deux ans, et pourquoi ne
peuvent-ils pas s’entretenir dans leur langue maternelle ? Ne pensez-vous
pas qu’en bloquant la voie démocratique, la spirale de la violence ne fera que
se développer ?
M. GÜL, Président de
Ce sont des tribunaux indépendants
qui jugent cette affaire et nous souhaitons qu’ils rendent leurs verdicts le
plus rapidement possible. Si les accusés ne parlent pas le turc, ils ont la
possibilité de s’exprimer dans une autre langue
Mardi 25 janvier 2011, 15h00 – 19h30
Le traitement inhumain de
personnes et le trafic illicite d’organes humains au Kosovo (suite)
Mme KANELLI (Grèce) –
Mes chers collègues, je soutiens pleinement le rapport de M. Marty et vous
appelle à en faire autant.
Nous commençons, au XXIe siècle,
à oublier que la guerre est toujours une atrocité. Je vais vous parler ici avec
tout mon cœur ; si vous estimez que cela n’est pas politiquement correct,
n’acceptez pas mon intervention et sortez-moi de cet hémicycle !
Nous parlons ici de trafic illicite
d’organes humains, c’est-à-dire d’une situation extrêmement grave. Certains de
nos collègues en appellent à la communauté internationale ; mais que
sommes-nous ? Le Conseil de l'Europe n’est-il pas la communauté
internationale ? Avec 47 pays représentés, avons-nous besoin
davantage de conseillers ?
Le cœur de l’Europe s’est arrêté de
battre lorsque nous avons accepté, il y a dix ans, des bombardements sur notre
sol. Si nous voulons qu’il se remette à battre, nous ne pouvons pas fermer les
yeux sur ces atrocités. Dans les années soixante, soixante-dix, quatre-vingts
et quatre-vingt-dix, on disait que tout était politique ; aujourd’hui que
tout relève des droits de l’homme. Or on ne peut pas défendre les droits de
l’homme si l’on ne défend pas les politiques qui sont là pour les appuyer.
Il ne s’agit pas ici de juger, mais
de comprendre la situation. Si après ces bombardements, cette guerre civile et
tous ces morts, il existe réellement un trafic illicite d’organes humains, il
convient d’y mettre un terme immédiatement. Nous n’avons pas besoin de plus de
preuves.
En revanche, si la suspicion
commence à s’immiscer et à diviser, d’un côté les politiques, de l’autre les
défenseurs des droits de l’homme, nous allons alors vendre sur le marché
politique les droits de l’homme ! Ce qui reviendra à laisser le diable
entrer.
Soutenons M. Marty qui a fait
preuve de courage, même si cela lui a pris dix ans, car au bout du compte, on
connaîtra la vérité.
La protection des sources d’information des
journalistes
M. HUNKO (Allemagne), au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne – Je tiens à remercier le rapporteur pour la qualité
de son travail. Monsieur Johansson, vous avez abordé un sujet grave et il me
semble que les propositions contenues dans votre rapport vont dans le bon sens.
Nous les soutiendrons.
À la lecture la liste des pays
cités, il est frappant de constater qu’il ne s’agit pas que de pays qui sont
aux marches de l’Europe où existent traditionnellement des problèmes de droits
de l’homme. Vous citez aussi des pays centraux, tels que le mien où, pendant
longtemps, les services secrets ont espionné les journalistes.
J’évoquerai plusieurs points qui
figurent dans le projet de recommandation qui me plaisent particulièrement. Le
point 7 indique que l’on doit aussi protéger les sources d’information
émanant des rangs de la police ou des autorités judiciaires.
Souvenez-vous du débat sur
Mark Kennedy au Royaume-Uni, cet informateur de Scotland Yard qui a
participé à des mouvements civiques dans vingt et un pays et qui pose un
problème de violation de l’article 8 de
Il faut pouvoir rendre publiques des
informations d’intérêt général pour le grand public. C’est aussi tout le
problème de WikiLeaks, sujet abondamment parlé, ces derniers mois. C’est encore
tout le problème des donneurs d’alerte. L’année dernière, nous avons adopté un
rapport sur la protection de ces derniers, comme vous l’avez rappelé à juste
titre.
Vous avez également eu raison de
signaler les problèmes de surveillance des journalistes et des citoyens par les
nouveaux moyens techniques. Je soutiens l’amendement concernant l’article 6 de
la loi hongroise sur les médias. Il est très important que sur ce sujet
également nous lancions un signal.
Pour conclure, je dirai que des
journalistes courageux sont indispensables. Ils sont les chiens de garde, les
défenseurs de la démocratie et nous devrions tout faire pour favoriser un
journalisme engagé et courageux.
Le suivi de la réforme du Conseil de l’Europe
M. LAAKSO (Finlande), au nom du Groupe
pour la gauche unitaire européenne - Le problème principal que rencontre la
réforme du Conseil de l’Europe n’est pas de nature technique ou structurelle
mais politique. Le Conseil de l’Europe doit acquérir de la visibilité politique
en tant qu’organisation, faute de quoi il ne pourra plus exister à l’avenir.
C’est la raison pour laquelle il faut lutter pour trouver les instruments nous
permettant d’être politiquement plus visibles.
Le rapport de M. Marty montre bien
que le Conseil peut arriver à un degré de publicité et de visibilité
remarquable. Aujourd’hui, nous avons fait la une des grands journaux et des
grandes chaînes de télévision. Pour garder à l’avenir notre visibilité, nous
devons élire de bons représentants et rester en prise avec les préoccupations
des Européens.
L’Assemblée parlementaire doit être
présente en cas de conflits ravageant des régions de l’Europe. Personne ne
comprendrait son absence, d’autant que d’autres organismes essaient de
l’évincer. L’OSCE ne souhaite pas toujours notre présence, c’est évident.
S’agissant du conflit entre
Nous devons user de la diplomatie
parlementaire lorsqu’il s’agit de trouver les solutions aux conflits. C’est une
possibilité qui s’offre à nous. Nous pouvons nous appuyer sur notre expérience,
notamment en Tchétchénie. Toutefois, user de ce type de diplomatie suppose
d’assurer l’existence du Conseil.
Lorsque la présidente de
M. LECOQ (France) – Je tiens à saluer le
remarquable rapport de notre collègue Jean-Claude Mignon auquel je souscris
entièrement. Il importe que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
et, par conséquent, les représentants des peuples, dans leur diversité politique,
puissent se prononcer sur la réforme en cours du Conseil de l’Europe. Par
ailleurs, le recentrage des activités du Conseil de l’Europe sur les trois
piliers – démocratie, Etat de droit et droits de l’homme – me semble
fondamental.
Je présenterai un point de vue qui,
à première vue, peut sembler iconoclaste, mais il s’inscrit entièrement dans
cette perspective.
Le but de notre Organisation, est,
en quelque sorte, de rechercher le consensus et de ne pas exclure les membres
qui pourraient ne pas respecter temporairement, les principes et valeurs du
Conseil de l’Europe. L’exclusion d’un membre est donc interdite et
l’inexécution des arrêts de
Mes convictions me portent, moi
aussi, à élargir le périmètre du Conseil de l’Europe. La souplesse a des
qualités, mais la force – j’entends par là la force de la politique – en a
aussi, et menacer d’exclusion un membre qui ne se conformerait pas aux valeurs
fondamentales du Conseil de l’Europe pourrait se révéler une stratégie payante
à long terme.
L’Union européenne a prévu aux
articles 6 et 7 du Traité sur l’Union européenne, un dispositif de mise au ban
d’un Etat qui ne respecterait pas les droits fondamentaux. Le Conseil de
l’Europe, dont le cœur de métier consiste précisément en la protection des
droits, ne pourrait-il pas s’en inspirer ?
Pourquoi ne pas imaginer un système
plus contraignant de respect des arrêts de
Par cette démonstration, je ne
cherche pas à dire que je ne crois pas à l’action du Conseil de l’Europe, je
cherche seulement, dans la perspective de la réforme, les moyens d’aller plus
loin dans nos engagements contractuels pour construire une véritable Europe des
droits de l’homme.
Imaginons le poids qu’aurait notre
institution sur la scène internationale si, au lieu de nous contenter de
timides mises en garde, nous avions le pouvoir de contraindre un pays à adopter
véritablement une culture démocratique, une culture de respect du droit et des
institutions.
Les rapports de M. Marty nous
offrent des exemples éloquents. Nous n’avons pas peur de dénoncer des crimes ni
de nommer des dirigeants, actuellement en fonction, suspectés des pires
exactions.
Au-delà du bruit médiatique, c’est
le silence assourdissant des victimes qui doit nous guider dans notre œuvre de
promotion des droits fondamentaux. Au-delà de l’agitation étatique, ce sont les
valeurs de vérité et de justice qui doivent nous permettre de dénoncer les
manquements aux valeurs fondamentales, au premier rang desquelles figure le
droit à la vie. Au-delà des discours de dénonciation timides, c’est l’action
qui doit primer pour que les valeurs du Conseil de l’Europe soient respectées.
La « sécurité douce »,
comme l’indique le rapport, ne signifie ni la mollesse ni l’inaction.
Mercredi 26
janvier 2011, 10h00 – 13h00
La
protection des témoins : pierre angulaire de la justice et réconciliation
dans les Balkans
L’obligation
des Etats membres du Conseil de l'Europe de coopérer pour réprimer les crimes
de guerre
La
réconciliation et le dialogue politique entre les pays de l’ex-Yougoslavie
(Discussion
commune)
M. LOTMAN (Estonie), au nom du Groupe pour la
gauche unitaire et européenne. – Mon groupe m’ayant proposé d’intervenir en son
nom dans cette discussion commune, je me demandais ce que je pourrais bien
ajouter aux rapports, qui sont très complets, lorsque, hier, on m’a remis un
magazine, Grande Serbie : je me suis alors rendu compte qu’il
fallait encore marteler des évidences. Au sein même de cette maison, nous
sommes assaillis par ce type de magazines !
Le Groupe pour la gauche unitaire et
européenne partage les préoccupations soulevées dans les trois rapports que
nous examinons et soutient les résolutions et les recommandations proposées.
Il est particulièrement important
que les témoins soient protégés. Sans protection, des décisions de justice
efficaces ne sauraient être rendues et de nouvelles injustices ne pourront pas
être évitées. Les criminels ne seront pas punis et les victimes continueront de
vivre dans la peur. Dès lors, aucune réconciliation ne sera possible. Les Etats
doivent coopérer pour poursuivre les criminels de guerre : c’est à cette
seule condition que la paix pourra être pérenne.
Le préalable à la réconciliation est
évidemment l’appel au dialogue.
Mes chers collègues, des années ont
passé depuis la fin du conflit, mais plusieurs questions n’ont toujours pas
reçu de réponse.
Il faut assurer la protection des
témoins, coopérer en matière de poursuites judiciaires, sortir des impasses
constitutionnelles et rendre justice pour que la paix soit pérenne.
Si l’idée de débattre de ces
rapports en commun est bonne, on peut se demander si adopter ces trois bons
rapports suffit.
Dans le contexte de la réforme du
Conseil de l'Europe, peut-être devrions-nous, à l’avenir, fusionner les
rapports dès lors qu’ils traitent de sujets étroitement liés. Une résolution
musclée, une recommandation claire destinée au Comité des Ministres, des
engagements précis, seraient plus efficaces pour aller de l’avant et aider les
peuples des Balkans.
À ce stade néanmoins, nous soutenons
pleinement les rapports dont nous sommes saisis.
Discours de M. Boris Tadić, Président de
M. KOX (Pays-Bas), au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne.– Merci beaucoup, Monsieur le Président, pour votre
allocution courageuse et pleine d’inspiration, que j’ai beaucoup appréciée.
Vous avez dit tout à l’heure que
M. TADIĆ,
Président de
Mercredi 26
janvier 2011, 15h00 – 20h30
La mise
en œuvre des arrêts de
Protéger
les réfugiés et les migrants en situation d’extradition
et
d’expulsion : indications au titre de l’article 39 du règlement
de
Discussion
commune
Mme FRAHM (Danemark), au nom du
Groupe pour la gauche unitaire européenne – Monsieur le Président, chers
collègues, je voudrais tout d’abord remercier les deux rapporteurs de leur
excellent travail.
Demain se tiendra à l’extérieur du
Palais une cérémonie commémorative pour montrer que jamais nous n’oublierons
l’Holocauste. Le Conseil de l’Europe a été créé pour que de tels événements ne
peuvent plus jamais se produire et pour éviter que les gouvernements n’abusent
de leur pouvoir. C’est aussi la raison pour laquelle le Conseil de l’Europe a
élaboré et adopté
Tous les gouvernements ont signé
librement cette Convention et ont contribué ensuite au développement des
institutions, structures et processus qui en ont découlé. Aussi, lorsque les
gouvernements ignorent ou critiquent les décisions ou les arrêts de
Pensent-ils qu’on puisse une
Convention internationale et une Cour internationale sans céder une partie de
la souveraineté nationale ? Pourquoi les citoyens de certains pays
doivent-ils attendre un arrêt de
Le Gouvernement danois a fermé les
yeux devant le sort pitoyable des demandeurs d’asile venant en Europe via
Ce n’est que quelques jours après
l’arrêt de
Grâce à ces rapports, nous,
parlementaires venus des quatre coins de l’Europe, lançons clairement à tous
nos gouvernements le message selon lequel nous n’acceptons ni le principe du
« deux poids deux mesures », ni leur hypocrisie.
Débat d’actualité : Le fonctionnement de la
démocratie en Hongrie
M. PETRENCO (Moldova), au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne – J’aimerais remercier le rapporteur et
exprimer le point de vue de notre groupe sur les récents événements de Hongrie,
qui nous préoccupent. Nous condamnons la fin des libertés et les limites
imposées à la liberté des médias par le gouvernement de Viktor Orbán dans la
guerre anti-démocratique qu’il mène contre eux. Ainsi les met-il pour neuf ans
entre les mains d’un conseil des médias au sein duquel l’opposition sera
absente. En outre, les journalistes seront forcés de déclarer leurs sources
lorsque la sécurité intérieure sera en jeu. Cette législation et d’autres
mesures contre les médias marquent un véritable recul de la liberté de la
presse.
Les amendements constitutionnels
nous inquiètent également. Deuxième garant de la transition démocratique de
Nous souhaitons également exprimer
la peur que nous inspire la montée de l’extrémisme en Hongrie. Même soutenu par
une majorité des deux-tiers au parlement, un gouvernement ne saurait se
comporter comme s’il avait le pouvoir absolu dans un système de parti unique.
Malheureusement,
La situation hongroise n’est donc
pas une exception. On constate une tendance générale, en Europe, à menacer les
institutions démocratiques et à les remplacer par d’autres qui le sont moins.
Notre Organisation et, plus particulièrement, notre Assemblée doivent s’en
préoccuper. Nous devons suivre attentivement l’évolution des institutions de
nos Etats membres pour ne pas demeurer de simples observateurs incapables
d’assurer leur fonctionnement démocratique.
Jeudi 27 janvier 2011, 10h00 – 13h00
Débat selon la procédure
d’urgence : Violences à l’encontre des chrétiens au
Proche et Moyen-Orient
M. LECOQ (France), au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne. – Monsieur le Président, mes chers
collègues, je tiens à condamner, au nom de mon groupe, les violences à
l’encontre des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient. Les récents attentats à
Bagdad et à Alexandrie mettent en évidence une montée de la violence à l’égard
des minorités chrétiennes au Proche et Moyen-Orient, qui n’est en rien
acceptable.
Les chrétiens vivant au Moyen-Orient
sont des communautés autochtones qui fuient massivement leur terre natale en
raison d’un sentiment d’insécurité croissant.
Notre assemblée doit fermement
condamner la violence contre un groupe de personnes du fait de son appartenance
à une communauté religieuse, quelle qu’elle soit, même si elle est devenue
minoritaire du fait de l’Histoire.
Pour autant, le rapport insiste sur
l’engagement religieux, mais nous pensons qu’il n’y a pas que l’identité, il y
a aussi la question des pratiques religieuses, qui méritent respect et moyens.
Les chrétiens tués dans l’attentat malheureux d’Alexandrie l’ont été parce que
leur lieu de culte n’a pas été sécurisé.
Notre groupe propose également un
amendement pour supprimer le paragraphe 13 du projet de recommandation. En
effet, stigmatiser un pays et un seul ne nous semble pas être opportun dans ce
rapport.
En outre, il nous semble essentiel
de toujours veiller, en tant que membres du Conseil de l’Europe, avant de
donner des leçons en termes de respect de droits de l’homme, que nous ne
discriminions pas, nous aussi, sur nos territoires nationaux, des minorités
religieuses.
C’est pour cela que notre démarche
doit aller plus loin. Elle ne doit pas condamner uniquement la violence à
l’endroit des chrétiens, mais également celle qui est faite à l’endroit de
l’ensemble des minorités religieuses.
Le principe de laïcité, propre à
L’Etat, lorsqu’il est laïque,
affiche une neutralité qui ne peut ensuite être instrumentalisée par les
éléments extrémistes pour attiser les communautés les unes contre les autres.
L’article 9 de
En liaison avec ce qui se passe en
Tunisie, nous devons encourager l’émergence de printemps démocratiques pour que
le vent de la liberté ne soulève pas uniquement les peuples contre leurs
dictateurs, mais sème les germes d’institutions protectrices des minorités
religieuses et non religieuses dans leur ensemble.
La tolérance est une vertu cardinale
dans un Etat démocratique où le pouvoir ne recherche pas des boucs émissaires
afin d’asseoir sa légitimité, en détournant l’attention des citoyens vers des
cibles facilement identifiables. Il ne faudrait pas tomber dans le piège que
les extrémistes nous tendent : nous faire croire à l’émergence d’un « choc des
civilisations » qui reposerait sur les identités religieuses.
Le « choc des civilisations » n’a
pas lieu d’être. Les minorités religieuses et non religieuses peuvent vivre en
concorde lorsque l’espace public reste neutre.
Le Conseil de l’Europe doit donc
être garant par l’éducation et l’apprentissage de la culture que les diversités
religieuses ne sont que des richesses qui nous rapprochent et non des fossés
qui nous divisent.
Discours de M. Traian Băsescu,
Président de
M. PETRENCO (Moldova), au nom du Groupe de la
gauche unitaire européenne. – Aujourd’hui,
Ne croyez-vous pas que cette
position officielle constitue un défi pour la paix et la stabilité dans cette
région de l’Europe et un véritable obstacle sur la voie de la résolution du
conflit en Transnistrie ?
M. BĂSESCU, Président de
Les frontières actuelles ont été
tracées à la suite du Traité de Paris de 1947. Elles correspondent d’ailleurs à
ce qui était la frontière entre
En 1991,
Chaque fois qu’elle en a l’occasion,
Votre déclaration vise des pays qui,
eux, n’ont pas reconnu les frontières de
Jeudi 27 janvier 2011, 15h00 – 18h30
Débat
selon la procédure d’urgence : La situation au Bélarus suite à l’élection présidentielle
M. ZIUGANOV (Fédération de Russie), au nom du
Groupe de la gauche unitaire européenne. – J’aimerais que nos analyses se
fondent sur la réalité et non sur le virtuel. Des centaines de milliers
d’observateurs de tous les pays étaient présents sur le terrain lors des
élections présidentielles. Qu’ont-ils constaté sinon que les électeurs se sont
rendus dans les bureaux de vote ? On peut se demander pourquoi huit
personnes sur dix ont choisi de poursuivre sur la voie ouverte par le Président
Loukachenko. Mais le Bélarus n’a-t-il pas le droit de déterminer sa
destinée ? Souvenons-nous que le Bélarus a participé à
Ce pays ne connaît ni actes de
terrorisme, ni criminalité organisée à grande échelle.
Au Bélarus, la situation est
meilleure que dans les autres pays de l’espace post-soviétique :
170 nouvelles entreprises ont été créées, la production s’exporte dans
tous les pays du monde ; il n’y a quasiment pas de chômage, ce dont on
peut se féliciter en ce période de crise mondiale ; l’écart entre les
riches et les pauvres est moindre que dans bien d’autres pays du monde ;
il n’y a pas de réfugiés qui fuient le pays – on a parlé de deux millions dans
les Balkans et de six millions en Russie. Le Bélarus a franchi plusieurs étapes
pour se rapprocher du Conseil de l’Europe, faisant montre de transparence et
d’ouverture.
Il faut donc être objectif dans notre
évaluation de ce pays. Les fenêtres ne sont pas peut-être pas du verre le plus
transparent, mais le Bélarus tente d’améliorer tout ce qu’il peut. Je m’y suis
rendu et j’ai rencontré beaucoup de gens dont de hauts représentants. J’ai pu
constater que personne ne souffre gravement dans ce pays et qu’il y a une
ouverture. Je souhaiterais pouvoir dire ici, au nom de
Face à la crise actuelle, on peut
souligner la stabilité qui existe dans ce pays.
M. KOX (Pays-Bas) – Le Groupe pour la gauche
unitaire européenne se félicite de l’excellent travail de Mme
Hurskainen.
Nous sommes préoccupés par la
situation au Bélarus, ce pays au cœur de l’Europe. Ses habitants sont des
Européens. Ce pays européen très riche, aux bonnes performances économiques
devrait faire partie des structures de l’Europe et du Conseil de l’Europe. Le
Président, le gouvernement et le Parlement de ce pays devraient agir en se
fondant sur nos demandes claires, basées sur les valeurs que nous partageons
tous. Ce serait de la première importance pour le Bélarus et son peuple, pour
les pays voisins du Bélarus et pour l’Europe dans son ensemble. On ne peut pas
avoir une sorte de « trou noir » sur notre continent.
Notre Assemblée demande un moratoire
sur la peine de mort et la libération de tous les prisonniers politiques, de
même qu’un système juridique répondant aux normes européennes. Nous demandons
le plein respect de la liberté d’expression et de réunion. Elles sont certes
inscrites dans la loi, mais cela reste un peu théorique. Nous demandons que les
partis politiques puissent avoir la possibilité de circuler sans entraves.
Nous nous battrons alors pour faire
au Bélarus une place parmi nous. Les autorités du Bélarus et le Président
Loukachenko ont assez tardé. Il est temps d’agir. Réveillez-vous, si vous
voulez faire partie de l’Europe !
M. SOBKO (Fédération de Russie) – J’ignore si
mes propos feront consensus. Je tiens toutefois à rappeler que nous sommes ici
à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, une instance où, chaque
jour, il n’est question que des droits de l’homme. Nous avons parlé de la
situation des chrétiens au Moyen-Orient. L’unanimité s’est faite pour défendre
les droits de chaque être humain, quelle que soit sa religion, ses croyances ou
son mode de vie.
Aujourd’hui, nous nous penchons sur
les événements qui se sont produits après l’élection présidentielle, lorsque
les candidats de l’opposition ont organisé des manifestations qui n’avaient
qu’un lointain rapport avec les résultats. Bien que ces manifestations fussent
interdites, il faut reconnaître que, durant trois heures, la police n’est pas
intervenue : elle n’a pas interdit aux manifestants de se rassembler sur
la place de l’Indépendance. C’est seulement au moment où les manifestants ont
décidé de lancer l’assaut, de briser les fenêtres et de défoncer les portes
pour empêcher le dépouillement que les forces de l’ordre sont intervenues, sans
tirer, que je sache, à balles réelles ou de caoutchouc.
Dois-je rappeler que les électeurs
ont voté à 78 % pour Loukachenko ? C’est le choix du peuple
bélarusse. Aucun autre Etat ne peut s’ingérer dans les affaires de ce
pays, même si on y inventait un parti pédophile, comme a dit un
intervenant. Chaque pays a le droit d’avoir les partis qu’il lui plaît et de
décider de son destin.
M. LAAKSO (Finlande) – Nous avons pris
l’habitude, depuis plusieurs années, d’essuyer de la part de
Les raisons de ces critiques
inhabituelles se trouvent dans la politique que conduit M. Loukakencho et
qui rappelle celle de feu Nicolae Ceauşescu : celui-ci avait essayé
de traire deux vaches à la fois en jouant simultanément la carte
occidentale et la carte soviétique. C’est ce que fait M. Loukachenko, si bien
que l’Union européenne et Washington ont critiqué une de nos demandes les plus
fondamentales, celle du moratoire.
D’aucuns prétendent que nous sommes
trop durs avec M. Loukachenko et que le Comité des Ministres et l’Union
européenne pèchent par manque d’autocritique. Ils déplorent que les sanctions
n’aient pas généré les changements fondamentaux souhaités.
La raison de l’attitude de l’Union
européenne réside dans le changement de politique de M. Loukachenko et les
relations nouées depuis deux ans. J’avais déjà mis en garde le Conseil de
l'Europe, notamment ceux qui se montrent toujours très polis à l’égard de
Bruxelles et de Washington.
Je constate une certaine confusion,
notamment à l’Ouest, quant à la meilleure approche à adopter. Le Conseil de
l'Europe a toujours essayé de préserver le dialogue avec l’opposition et les
forces politiques du Bélarus. C’est de cette façon que nous pouvons espérer obtenir
des résultats.
Le moratoire est important. Il
s’agit d’un signal indiquant au Président qu’il doit coopérer avec nous.
Débat selon la procédure
d’urgence : la situation en Tunisie
M. LECOQ (France) au nom du Groupe pour la
gauche unitaire européenne.– Je félicite la rapporteure pour son excellent
travail et la remercie des propos qu’elle a tenus au sujet du rôle d’Internet
et des nouvelles technologies, par lesquels elle a ouvert notre débat.
Au nom de mon groupe, je me réjouis,
comme elle, que ce puissant mouvement populaire tunisien, la « révolution
du jasmin », se conclue par une véritable victoire du peuple tunisien et
de sa jeunesse. Ils ont effectivement réussi à chasser Ben Ali, celui qui a
dirigé
On comprend aisément que les
Tunisiens ne veuillent plus non seulement de Ben Ali, de sa famille, de son
clan, mais encore du régime lui-même, de ses structures, du RCD et de
l’ensemble de ses dirigeants. On comprend fort bien que certains pourraient et
devraient être traînés en justice pour leurs crimes. Le mandat d’arrêt
international qui vise Ben Ali devrait être étendu à certains membres de son
clan.
Rien ne sera plus comme avant en
Tunisie, quelle que soit l’issue de ce puissant mouvement populaire. C’est
effectivement une révolution, une révolution politique : le peuple
tunisien a manifestement fait le choix de la démocratie. C’est tout un peuple
qui aspire à des changements réels, avec l’opposition politique et sociale. Le Parti
communiste français, dont je suis membre, soutient, depuis l’accession au
pouvoir de Ben Ali, l’aspiration du peuple tunisien à la démocratie. Sans
cesse, il s’est tenu aux côtés et à l’écoute de tous les partis d’opposition
tunisiens pour réclamer la libération des opposants, pour réclamer la
libération des journalistes.
Nous, Conseil de l’Europe, devons
accompagner les Tunisiens dans leur recherche démocratique, sans ingérence, en
offrant une aide strictement technique pour élaborer des règles en vue de la
tenue d’élections libres et la mise en place d’institutions démocratiques. À ce
titre, il convient d’encourager
J’ajouterai quelques mots sur
l’attitude de
L’autoritarisme, l’omnipotence des
services de sécurité, la violence d’Etat, l’absence de démocratie et d’Etat de
droit, le mépris des libertés et la répression anti-syndicale sont des réalités
partagées par bien des pays, pour ne pas dire dans l’ensemble du monde arabe,
même si elles se manifestent sous des formes particulières selon les pays.
Le vent de liberté qui a soufflé sur
Notre groupe considère que le printemps
démocratique tunisien ne constitue que les prémices des évolutions
démocratiques à venir au Maghreb et au Machrek. Il conviendrait d’y revenir
lors de notre prochaine session.
Vendredi 28 janvier
2011, 10h00 – 13h00
Le suivi des engagements concernant les droits
sociaux
Mme ANDERSEN (Norvège),
au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne – Monsieur le Président, le
Groupe pour la gauche unitaire européenne soutient la résolution, le mécanisme
de suivi et la célébration de
Les droits sociaux, droits de l’être
humain, sont une condition préalable à la démocratie. Pour notre groupe, une
juste répartition des ressources est une condition indispensable. C’est
également une condition préalable à l’atteinte des objectifs et à la
réalisation des engagements pris au regard de
Une société juste fonctionne mieux,
à en juger par des indicateurs tels que la santé, la criminalité, l’éducation
et surtout la confiance des citoyens en la société. Les droits sociaux, c’est
juste, c’est bon pour la société, c’est même bon pour le monde économique. Les
pays où le fossé entre riches et pauvres est le plus grand sont aussi ceux qui
connaissent les plus graves problèmes sociaux et de santé. La crise financière
a entraîné les plus grosses difficultés subies depuis
Cette crise a été rendue possible
par des politiques libérales de droite qui n’avaient fixé aucune limite à la
cupidité et qui ont livré en pâture l’économie mondiale. À l’évidence, ces
économies libérales n’apportent aucune justice sociale et ne peuvent donc
nullement contribuer à atteindre les objectifs de
Les hommes et les femmes politiques
doivent aussi assumer la responsabilité de cette crise puisqu’ils ont failli à
leur tâche de fixer des limites aux niveaux national et international. Pour
atteindre les objectifs de
En 2010, nous avons débattu des
effets de la crise financière. Notre Assemblée à déclaré qu’il fallait établir
des mécanismes, des moyens de contrôle et un cadre réglementaire plus efficaces
afin de contribuer à une économie durable et à des entreprises durables, ainsi
qu’à partager l’emploi, les économies et les retraites. Tout cela nous ramène
aux objectifs de
Nous devons nous atteler à cette
tâche aussi, comme l’avons décidé en 2010. Si nous ne le faisons pas, nous
mettrons en péril la protection sociale de nos populations. Nous devons
satisfaire à cet engagement pris. La spirale négative ne pourra pas être
enrayée par des réductions et des coupes claires dans des systèmes de
protection sociale, comme nous le voyons dans tous nos pays.
La solution consiste à faire en
sorte que l’économie soit mise au service de la population et de l’égalité
sociale. Les sociétés égalitaires fonctionnent mieux et permettent de
satisfaire à nos engagements.
Les
politiques de prévention en matière de santé dans les Etats membres du Conseil
de l’Europe
Mme ANDERSEN (Norvège),
au nom du Groupe de
Les études sur la politique
sanitaire font ressortir que les sociétés égalitaires sont plus performantes
sur les questions de santé et obtiennent de meilleurs résultats. En outre,
selon les études de politiques sociales comparées, les niveaux de vie sont plus
élevés, malgré des niveaux de fiscalité élevés et la cohésion sociale plus
forte, dans les sociétés qui consacrent les moyens à la prévention de la santé
et à l’éducation.
Les statistiques montrent également
que la santé est inégalement répartie. Les femmes et hommes politiques ne
devraient pas l’oublier, car nous devons dépenser de l’argent non seulement
pour ceux qui sont forts, mais également pour les plus faibles de nos sociétés.
Engager une telle politique c’est assurer une plus grande réussite du pays.
Le site web suédois Gapminder
présente l’évolution sur un siècle du système de santé dans différents pays.
Lorsque l’état sanitaire d’un pays s’améliore, son économie s’améliore également.
Entre la poule et l’œuf, par quoi commencer ? Faut-il améliorer la santé
ou assurer une économie florissante ? N’oublions pas que l’égalité
économique a des effets positifs sur tous les autres aspects de nos sociétés.
Cela suppose une volonté politique d’investir en direction de la santé et de
l’éducation, notamment en faveur des personnes à faible pouvoir d’achat. La
société prospérera si nous assumons de telles dépenses. Voilà pourquoi le rôle
des gouvernements est si important.
Leur rôle est également majeur pour
protéger les personnes contre les risques alimentaires, les pesticides, les
produits chimiques, etc. Tout le monde ne dispose pas des connaissances utiles
pour se protéger efficacement. Voilà pourquoi les gouvernements doivent mettre
en place de vraies politiques pour que leurs citoyens aient confiance dans les
produits qu’ils consomment.
Pour une longévité
positive : valoriser l’emploi et le travail des seniors
Mme MÓSESDÓTTIR (Islande), au
nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne. – Permettez-moi tout
d’abord de féliciter le rapporteur. Son rapport est d’excellente facture. Je ne
le dis pas simplement en tant que femme politique, je le dis également en tant
qu’ancienne enseignante dans le domaine de l’économie et de l’emploi. Le vieillissement
est l’un des principaux défis du XXIe siècle ; si le rapport
détaille cela, il indique également les actions politiques indispensables pour
permettre une longévité positive qui préserve les finances publiques.
Les Européens vieillissent. Aujourd’hui,
les personnes âgées en bonne santé sont plus nombreuses qu’auparavant. Cela
modifie notre perception du vieillissement. Les personnes âgées prennent
également de nouvelles positions sociales, jouent un nouveau rôle et
participent davantage à la vie de la communauté. Non seulement elles prennent
davantage part à des activités de loisir, mais elles exercent également
certains métiers, avec un statut de professions libérales ou de consultants ou
dans le cadre d’un temps partiel. La longévité positive offre aux personnes
âgées la possibilité de continuer à travailler, de rester en bonne santé plus
longtemps et de contribuer, selon diverses modalités, à la vie sociale.
À l’heure où la crise bancaire se
transforme en crise de la dette publique, la plupart des économies européennes
connaissent un grave revers, qui menace aussi la longévité positive. Nombreuses
sont effectivement les personnes qui considèrent que les mises en retraite
anticipée permettent d’offrir davantage de postes aux jeunes. Il est pourtant
tout aussi probable que les emplois perdus par les personnes âgés seront
occupés ensuite par des personnes actuellement en poste ailleurs qui sont
également susceptibles de perdre leur emploi.
Les politiques d’austérité aussi
menacent la longévité positive car, souvent, les coupes budgétaires réduisent
l’accès des personnes âgées à des soins médicaux adéquats et à des services
d’éducation et d’apprentissage tout au long de la vie. Si la pauvreté des
personnes âgées régresse grâce à l’amélioration des droits à la retraite, à une
plus longue durée d’activité et à une meilleure santé, les personnes âgées ne
forment pas pour autant un groupe homogène en termes de revenus et de
richesses. Ne l’oublions pas. Nous ne pouvons assurer le bien-être économique des
personnes âgées sans examiner la question des inégalités et de la pauvreté de
certaines d’entre elles. Souvent, la pauvreté frappe plus durement, parmi les
personnes âgées, les femmes que les hommes. Les périodes qu’elles consacrent à
leurs enfants ou à leurs parents ne sont pas rémunérées et ne donnent pas droit
à une retraite.
Il devient de plus en plus
nécessaire, à mesure que la population européenne vieillit, de traiter ces
problèmes par des politiques adaptées.
Les actuelles réformes des systèmes
de retraites doivent surtout assurer le respect des exigences de flexibilité et
de sécurité. Un système de retraite à la carte permet de réduire le taux de
rotation de la main-d’œuvre et les besoins en main-d’œuvre en maintenant en
fonction les travailleurs les plus âgées. Il permet également de permettre à
chacun de quitter progressivement – et non du jour au lendemain – la vie
active.
Les réformes des retraites doivent
également prévoir des compensations pour les femmes qui ont pris des congés
maternité, pour les femmes et les hommes qui ont pris des congés parentaux ou
cessé un temps de travailler pour s’occuper de leurs parents âgés.
J’invite mes collègues à user de
toute leur influence pour promouvoir l’adoption des excellentes politiques
préconisées par le rapport. Elles touchent tant à la discrimination des
personnes âgées qu’à la mise en place de mesures de protection sociale, d’un
système du travail flexible. Elles favorisent le bénévolat des personnes âgées,
leur formation, leur reconversion.
En tant que politiques, à nous de
nous assurer que la longévité positive satisfait les besoins de l’individu et
n’est pas régie par les exigences économiques.
Mme ANDERSEN (Norvège) – Il faut arrêter de parler
d’« eux » et de nous mais dire « nous », car, ayant
moi-même un certain âge, je sais très bien qu’il n’y a pas de grandes
différences !
Je souhaite revenir aux propos de M.
von Sydow concernant les personnes âgées en politique. Il me paraît normal que
la politique reflète aussi la population, mais mon expérience me permet de dire
que, dans ces domaines, les jeunes sont tout aussi engagés que leurs anciens.
En conséquence, je ne crois pas que les jeunes ne pensent qu’à eux : ils
s’intéressent aussi aux autres !
Je me suis rendue sur de nombreux
lieux de travail dans mon pays et je demande toujours à ceux qui pourraient
accéder à la retraite pourquoi ils ont choisi de rester dans l’emploi. Dans les
trois quarts des cas, ils répondent que c’est parce que l’employeur le leur a
demandé, pour leur expérience et ce qu’ils apportent à l’entreprise.
Parmi tous les critères avancés,
celui du sens de la vie et de l’utilité de la personne est certainement le
principal. C’est là un message important : il faut valoriser la personne,
reconnaître sa compétence, et apprécier sa contribution, ce qui lui donnera
peut-être envie de travailler plus longtemps.